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Suis-je dépendant?
Concept d'assuétude (dépendance)

L'idée conventionnelle et la plus répandue est que l'alcoolisme et la
toxicomanie sont
des maladies d'origines chimiques ou génétiques. Les recherches empiriques et
l'expérience personnelle nous démontrent que "(la toxicomanie) est un mode de
vivre,
une façon de faire face au monde et à soi-même, d'interpréter ses expérience,
y compris celles qui sont déclenchés par les psychotropes."
La réaction et l'interprétation de l'effet d'une drogue par un individu est la
base de la
toxicomanie. Cette manière dépends de l'attitude de l'individu face à lui-même
et à la
vie, le tout en fonction des expérience de l'enfance, de la personnalité et du
contexte
social.
Il existe un mythe selon lequel certains psychotropes entraîneraient une
asservissement d'origine chimique. Or certains faits, tel le paradoxe de ces
soldats
américains au Vietnam qui avaient consommé régulièrement de l'héroïne à fortes
doses et qui, de retour dans leur milieu de vie habituel, ont cessés de
s'adonner à ce
stupéfiant avec peu ou pas de problèmes au plan physique, tendent à démontrer le
contraire.
Une confusion au niveau des termes utilisés pour décrire l'expérience de
l'assuétude
ne simplifie pas le débat. L'assuétude, maintenant appelé "dépendance vis-à-vis
des
psychotropes" est divisé en deux catégories: la dépendance psychique et la
dépendance physique.
La dépendance psychique, d'après Dale Cameron de l'organisation Mondiale de la
Santé, peut se vérifier en constatant "(1) dans quelle mesure la vie du sujet
semble
s'articuler autour de l'usage des psychotropes, et (2) dans quelle mesure la
consommation de psychotropes a priorité sur le recours à d'autre mécanismes pour
faire face à une situation"
La notion de dépendance physique, associé à et remplaçant celle de l'assuétude,
s'articule autour de deux questions : Est ce que certains psychotropes dotés de
propriétés chimique décelables sont- ils seuls capable d'entraîner une
dépendance.
Est-ce que ces psychotropes entraînent toujours la dépendance de manière
inévitable ?
Tous les termes qui désignent les psychotropes contiennent l'idée que ceux-ci
peuvent
entraîner une dépendance physique ou être assujettissants alors "que l'assuétude
est
une caractéristique de l'individu, de sa façon d'envisager sa vie, que ce soit
en ayant
recours aux stupéfiants, à l'alcool, aux barbiturique ou à autre chose qui n'ont
rien à
voir avec les psychotropes tel le jeu compulsif (gambling)."
L'idée de l'alcoolisme en tant que maladie, elle, part du principe que
l'individu est
prédestiné par un déterminisme biologique à un besoin physique de boire,
déclenché
par son premier verre, à consommer jusqu'à intoxication et ce, à chaque fois
qu'il
consomme de l'alcool. Cette idée, déculpabilisante pour la personne dépendante
et faisant
preuve de tolérance, n'est mise en pratique que de façon intermittente par les
groupes
d'entraide tel que les Alcooliques Anonymes. Leur thérapie consiste en partie à
obtenir
des alcooliques que ceux-ci s'assument eux-mêmes et qu'ils reconnaissent tout ce
qu'ils ont fait pour gâcher leur propre vie. On ne peut nier cependant que les
groupes
ou institutions qui utilisent l'idée de l'alcoolisme en tant que maladie
connaissent un
certain succès.
Malgré l'absence de fondement biochimique, cette idée reçoit cependant un appui
massif de l'establishment. Toute idée contraire semble rencontrer une opposition
de la
part des institutions officielles et des groupes organisés de traitement de
l'alcoolisme.
L'expérience de l'assuétude
"L'assuétude n'est pas causée par un psychotrope ou par ses propriétés
chimiques.
Elle est rattaché à l'effet que produit un psychotrope sur une personne donnée,
dans
des circonstances données, un effet recherché qui supprime l'angoisse et qui
(paradoxalement) diminue la capacité de l'individu à faire face à la vie, de
sorte que
toutes les situations anxiogène de la vie s'aggravent pour lui. Ce à quoi nous
devenons
assujettis, c'est l'expérience que nous fait vivre le psychotrope"
Le commun dénominateur des psychotropes est la propriété qu'ils ont tous de
réduire
l'activité du système nerveux, atténuant ainsi les sensations de douleur ou la
perception des difficultés de la vie chez l'individu et le rendant moins capable
d'affronter ces mêmes difficultés. On parle alors du cycle de l'assuétude.
Les personnes dépendantes ont un sentiment d'impuissance vis-vis
leur capacité a y résister et ont le sentiment qu'ils ne méritent pas de le
faire. Leur
perceptions négative de soi et une faible estime d'eux-mêmes contribue à ce
glissement vers la toxicomanie, l'alcoolisme ou le "gambling". La personne
dépendante est celle qui ne se sent pas bien dans sa peau, qui se déteste
elle-même.
La personne dépendante, ne pouvant obtenir de satisfaction profonde dans ses
relations avec les autre individus ou groupes, obtient ce qu'elle veut en ayant
recours à des ruses, en se donnant des airs de victime ou en jouant à la
personne en détresse. Doutant de sa
capacité à obtenir les résultats qu'elle espère, ne croyant pas que ses efforts
puissent être
couronnés de succès, elle adopte un comportement passif en abdiquant devant le
psychotrope ou le jeu. Pour elle, la toxicomanie ou le jeu compulsif (gambling)
est plus
sûre que l'incertitude de réussir une tâche ou de se mêler aux gens.
La personne dépendante préfère éviter tout stimulus nouveau ou inhabituel, les
considérant
sources potentielles d'échec au lieu de sources de plaisir ou de satisfaction.
Donc, ce
qu'elle recherche dans l'alcool, un psychotrope ou le jeu compulsif, "c'est le
caractère
prévisible de la sensation, l'assurance qu'elle obtiendra toujours le même
effet."
Frustrés de ne pouvoir obtenir ce qu'ils recherchent, culpabilisés par leur
sentiments
d'échec ainsi que l'impossibilité de faire face aux attentes de leur proches,
ces
sentiments les amènent à dépendre davantage du psychotrope ou du comportement
de dépendance.
D'autres activités, notamment celle qui permettent de s'absorber en toute
sécurité et
ainsi oublier les problèmes de la vie, peuvent devenir une assuétude si une
personne
la pratique comme dérivatif à la douleur "et y a recours de plus en plus parce
qu'il
obtient un certain soulagement quand il s'y consacre et éprouve de l'angoisse et
de la
culpabilité quand il ne s'y livre pas,...".
Il suffit de penser aux boulimiques, aux dépendant affectifs, aux joueurs
compulsifs, aux
télémaniaques et aux "bourreaux de travail" (workaholic) pour illustrer le
concept de
l'assuétude. Avec l'entrée récente du public en général sur l'autoroute de
l'information,
on entend aussi parler de plus en plus de maniaque de l'Internet (cyberaholic).
Même la thérapie peut devenir une assuétude si elle ne fait que remplacer une
dépendance par une autre. Cela arrive lorsque la thérapie individuelle ou de
groupe
enlève tout ce sur quoi reposait l' ancienne identité de l'individu et ensuite
exige de lui
qu'il se définisse uniquement en fonction de la thérapie.
En résumé, il y a assuétude:
- quand l'habitude de recourir à la consommation ou au jeu compulsif contrôle plus
ou moins la vie d'une personne ;
- quand l'habitude de consommer ou de jouer de façon compulsive détourne la
personne de tous ses autres centres d'intérêt;
- quand l'habitude de consommer ou de jouer de façon compulsive, n'étant plus
agréable, sert surtout à supprimer la peine, la peur, l'angoisse, la culpabilité
ou le mal de vivre;
- quand, dans des circonstances qui produisent une situation stressante, la
personne réagit toujours de la même manière et fait toujours le même choix, soit
celui de consommer ou de jouer de façon invétérée.
Il n'existe pas de remède-miracle à l'assuétude. En effet, seul des changements
de
l'individu dans ses rapports avec le monde et lui-même, la prise de conscience
de
lui-même et de ses comportement autodestructeurs et l'apprentissage du respect
de
soi peuvent amener des changements dans sa vie. L'individu doit pour ce faire
accepter que ces changements ne se feront pas du jour au lendemain, qu'il y aura
des périodes où il ne feras pas de progrès discernable, même des rechutes.
La non-assuétude
"Ce qui fait qu'une activité n'engendre pas l'assuétude, c'est le pouvoir qu'a
l'individu
de la contrôler et de l'intégrer au reste de sa vie, autrement dit , la personne
doit savoir
à quel moment s'arrêter pour ne pas se faire de tort... Les gens qui ont une vie
bien
remplie résistent assez facilement à l'assuétude; ils n'ont pas l'illusion qu'un
objet
puisse les combler. Autrement dit, si les gens ont des centres d'intérêts
auxquels ils
tiennent, il y a moins de risques qu'une activité destructrice les domine, parce
qu'il y
aura d'autres activités et d'autres personnes qu'ils ne voudront pas sacrifier.
"Être libre d'assuétude, c'est être capable de choisir comment répondre à un
ensemble
de stimuli et ne plus répondre automatiquement d'une manière destructrice à une
situation donnée. Lorsque l'individu peut s'examiner d'une manière totalement
honnête,
il peut identifier les situations qui lui font peur et la manière dont il y fait
face pour
ensuite modifier son comportement."
"Pour nous libérer de l'assuétude, nous devons apprendre à nous aimer et à nous
respecter, à composer avec notre milieu et à nous en faire respecter. Lorsque
nous
parlons de la perception de soi et de l'assurance que nous pouvons avoir d'être
en
mesure de faire face à la vie, tout en nous gagnant l'estime et l'amour des
autres, nous
abordons l'assuétude d'une façon globale"
"L'assuétude est une source puissante encore qu'illusoire de satisfaction, et
tout ce qui
est censé la remplacer doit également procurer des satisfactions importantes.
Remplissent cette condition les centres d'intérêt qui nous rendent contents de
nous-mêmes et qui font ressortir nos capacités d'une façon qui provoque une
reconnaissance de la part des autres."
Bibliographie :L'expérience de l'assuétude, Stanton Peele,
Presses de l'Université de Montréal
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