DES ENVELOPPES, ET DES ENVELOPPES, ET ENCORE DES ENVELOPPES...

Je m'appelle Solange et je travaille depuis 16 ans dans le secteur de l'imprimerie. Je suis opératrice. Si vous entrez chez Enveloppes INNOVA, vous me trouverez au bout de la ligne de production, entourée de boîtes, de caisses et d'enveloppes, beaucoup d'enveloppes... Mon travail consiste à vérifier la fabrication des différentes enveloppes produites chez mon employeur. Je dois donc vérifier par exemple, si les fenêtres des enveloppes sont bien centrées, si la colle est bien disposée, s'il y en a suffisamment. Je dois également m'assurer qu'il n'y a pas de fautes d'orthographe et que la qualité de l'impression est impeccable. Je vérifie tout cela alors que les enveloppes défilent à une vitesse étourdissante sur un convoyeur placé devant moi. Pour que vous soyez mieux en mesure d'imaginer ce que veut dire une vitesse étourdissante, sachez qu'il défile devant moi entre 30 000 et 40 000 enveloppes par heure. Alors moi j'inspecte des enveloppes, et des enveloppes, et encore des enveloppes...

Les enveloppes qui arrivent (ou plutôt volent) en avant de moi, doivent être regroupées en paquets de 500. Les enveloppes qui présentent des défauts de fabrication doivent être retirées et déposées dans une boîte derrière moi. Je dois me retourner à nouveau, pour prendre des enveloppes sans défaut pour remplacer celles que j'ai retirées. Une fois que toutes les enveloppes présentant des défectuosités sont remplacées, je forme les groupes de 500 enveloppes que je dispose dans une boîte. Chaque boîte doit à son tour, être déposée dans une caisse. Les caisses contiennent habituellement 5 boîtes chacune. Lorsque la caisse contient suffisamment de boîtes, je dois apposer des étiquettes. Par la suite, je dépose la caisse sur le convoyeur et lorsque ce dernier est rempli, je prends les caisses et je les empile sur une palette. Ceci me donne des colonnes de caisses partant de terre pour atteindre une hauteur de 5 ou 6 pieds. Vous comprendrez que mes bras et mes épaules sont constamment en mouvement dans mon travail et que je fais toujours les mêmes gestes et ce, sans appui aucun pour mes bras.

Je dois de plus, à l'occasion, nettoyer la machine à imprimer et particulièrement les 2 cylindres servant à faire passer les enveloppes. C'est là aussi, la course folle parce que je n'ai que 5 minutes pour faire le nettoyage et je suis seule pour exécuter cette tâche. Après ces cinq minutes, je dois rapidement retourner à mon travail d'inspection des enveloppes.

Dans le secteur de l'imprimerie, comme dans beaucoup d'autres secteurs, les temps de pause et de repas sont beaucoup trop courts. Je dispose donc d'un gros 15 minutes le matin et d'un autre l'après-midi. De plus, je n'ai que 30 minutes pour dîner. Avec des semaines d'un peu plus de 37 heures, je n'ai pas beaucoup de temps pour le soulagement de mes douleurs entraînées par les mouvements répétitifs que j'ai à accomplir et par les efforts que je fais.

Après mes plusieurs années de services dans ces conditions, j'ai commencé à avoir des problèmes. J'ai développé des douleurs au bras et aux épaules. Je sentais que j'avais de moins en moins d'endurance et je ne réussissais plus à récupérer du tout de mes douleurs. J'avais en plus, des rougeurs et une inflammation importante au niveau de la main droite. J'ai consulté mon médecin qui a diagnostiqué une tendinite. J'ai parlé de la situation à mon employeur. Il voulait que je me mette en assurance salaire. J'ai compris que c'était un moyen détourné pour que nous ne déclarions pas nos problèmes à la CSST. J'ai donc fait une réclamation à la CSST mais elle l'a rejetée. Il a donc fallu que je conteste cette décision devant le Bureau de révision paritaire. J'attends des nouvelles.

Moi, je suis pas syndiquée, je me sentais bien seule pour livrer la bataille et je n'avais pas les informations qu'il me fallait. Heureusement qu'il y a des groupes d'accidentés du travail qui peuvent nous aider dans nos démarches. En tout cas, moi je suis bien contente d'avoir eu accès à des informations parce que quand on n'est pas informée, on finit toujours par se faire avoir soit par la CSST, soit par l'employeur.

Solange