Bon nombre de travailleuses au Québec oeuvrent dans des secteurs mous où les bonnes conditions de travail sont à peu près inexistantes et où la syndicalisation est très faible. Cela mène invariablement à l'exploitation de ces femmes.
Cet abus de la part des employeurs ne se fait pas uniquement au niveau des conditions de travail. Il se poursuit dans les mécanismes que les employeurs se sont donnés afin de faire échec à la reconnaissance des maladies du travail dont ils sont les responsables. Ces mécanismes sont malheureusement très efficaces et on doit les connaître si on veut être en mesure de les combattre. Examinonsles de plus près.
Le premier outil dont disposent plusieurs employeurs est un système de gestion juridique et médicale des dossiers. Ces employeurs retiennent les services d'un gros bureau d'avocates qui prend en main tous les dossiers. Ils engagent aussi un médecin mercenaire qui fera une évaluation médicale dans les dossiers des femmes qui feront des réclamations pour accidents ou pour maladies du travail et qui viendra de plus, témoigner en faveur de la compagnie devant les tribunaux. Ces deux professionnels se permettront souvent de rencontrer les travailleuses ayant présenté des réclamations pour leur expliquer les conséquences de leur geste (en vérité, pour leur faire peur...) Une telle façon de faire met une pression continuelle sur les travailleuses car elles savent que si elles présentent une réclamation à la CSST, elles auront à faire face à l'avocat et au médecin de la compagnie.
Il existe également des méthodes plus subtiles. Certains employeurs offrent de payer 2, 3 ou 4 semaines de salaire aux travailleuses en échange du fait qu'elles ne présentent pas de réclamation à la CSST. Cela garantit bien sûr des revenus aux travailleuses mais elles renoncent aussi à leurs droits ce qui peut avoir des conséquences désastreuses si leurs problèmes de santé réapparaissent ou s'aggravent. D'autres employeurs incitent les travailleuses à réclamer à leur assurance collective (quand elles en ont une) ou à l'assurancechômage plutôt que de réclamer à la CSST. D'autres encore se lancent dans la production de vidéos et viennent filmer le poste de travail alors que la contremaîtresse exécute les tâches à une vitesse raisonnable et avec un sourire bienheureux.
L'objectif poursuivi par ces mécanismes et méthodes est de dissuader les travailleuses de présenter des réclamations à la CSST lorsqu'elles deviennent malades à cause de leur travail. Cela permet aux employeurs de camoufler la réalité des conditions de travail dans leur entreprise et ainsi d'éviter une augmentation de leur cotisation à la CSST qui n'est jamais informée des maladies et accidents de travail dans l'entreprise et qui n'a jamais à indemniser les travailleuses.
Ces techniques d'intimidation des employeurs ne doivent pas amener les travailleuses à abandonner leurs droits. Les travailleuses doivent refuser d'être terrorisées, elles doivent briser le silence, elles doivent refuser de céder et chercher conseil auprès de ressources pouvant les informer de leurs droits et les appuyer dans leurs démarches.
Claude Dallaire