LA CHONDROMALACIE CHEZ LES TRAVAILLEUSES...

On a beaucoup parlé de la répétition des mouvements des membres supérieurs exigée par le travail d'opératrice de machine à coudre. Ce travail exige également beaucoup de mouvements répétitifs avec les jambes, mais la CSST ne voit pas de lien entre ce travail et des lésions professionnelles aux genoux. Prenons un cas concret pour illustrer.

Après avoir travaillé à la maison pour élever ses enfants, Élise (nom fictif) trouve un emploi dans une usine de confection de vêtements pour dames. Pour opérer sa machine à coudre, la travailleuse appuie sur une pédale. Elle doit appuyer sur cette pédale 2 fois pour chaque morceau cousu. Avec une production de 700 morceaux par jour, elle répète les mêmes mouvements avec les deux membres inférieurs 1 400 fois par jour à tous les jours.

Dans un tel contexte, il n'est pas surprenant que la travailleuse ait commencé à développer des douleurs à un genou. En effet, 18 ans après avoir commencé son travail d'opératrice de machine à coudre, Élise subit deux opérations au genou gauche pour des problèmes de ménisque. À l'époque, elle ne déclare pas de maladie professionnelle, et elle retourne au même poste de travail.

En raison de ses problèmes au genou gauche Élise commence à utiliser surtout le pied droit pour opérer la pédale de sa machine à coudre. Résultat ? Les douleurs s'installent au genou droit jusqu'au point où le médecin d'Élise la retire du travail. Le diagnostic est celui de chondromalacie.

Malgré les 22 ans de travail répétitif avec les membres inférieurs, le médecin de la CSST ne voit pas de relation entre le travail et la maladie de la travailleuse. Le Bureau de révision paritaire (BRP) conclut, étant donné que la travailleuse actionne la pédale de sa machine avec son pied, que ce sont les chevilles qui bougent, pas les genoux !

Devant le refus du BRP de faire une analyse sérieuse de la preuve soumise, Élise doit porter la décision en appel devant la Commission d'appel (CALP). Ça fait déjà plus de deux ans qu'elle a arrêté de travailler en raison de sa maladie professionnelle et il risque de passer au moins une autre année avant qu'elle puisse faire valoir ses arguments devant la CALP. Entre-temps, comme le font plusieurs travailleuses dans son cas, elle doit attendre dans une situation financière précaire.

propos recueillis par Norman King