LA RÉADAPTATION À LA CSST

Quand t'as 35 ans, que ça fait 20 ans que t'es opératrice de machine à coudre et que tu dois quitter ton emploi à cause d'une maladie professionnelle, c'est pas facile de se réorienter. Je me suis dit, dans le temps, avant de savoir, que j'étais chanceuse que la CSST soit là pour m'aider à passer au travers.

En 1991, j'ai commencé lentement à avoir des douleurs aux épaules, puis au cou et au haut du dos. Mon médecin m'a mis en arrêt de travail en mai 1991 pour un syndrome myofacial dorso­cervical. Il m'a suggéré de présenter une réclamation à la CSST parce que c'était une maladie causée par mon travail de couturière à cause des gestes répétitifs de mes bras et à cause de la position statique de mon cou au travail. La CSST a accepté ma réclamation.

J'ai été en arrêt de travail jusqu'en août 1991. Après être retournée à l'ouvrage, mon état s'est aggravé et j'ai subi une rechute en janvier 1992, qui a, elle aussi, été acceptée par la CSST. J'ai eu des traitements jusqu'en avril 1992. À ce moment, mon médecin m'a annoncé qu'il ne pouvait plus rien faire pour améliorer ma condition et que j'allais garder des séquelles pour le restant de mes jours. Il m'a aussi dit que je devais éviter de travailler les bras et le cou en position statique et que je ne pourrais probablement plus refaire mon travail d'opératrice de machine à coudre. Ça été un choc...

Quand t'as fait ça toute ta vie, tu ne t'attends pas à devoir changer de métier. Après quelques jours de réflexion, j'ai décidé de retourner aux études à mes frais, pour finir mon secondaire puisque j'avais débuté des cours deux ans auparavant.

Du côté de la CSST, mon agent a tenté pendant plusieurs mois de négocier avec mon employeur pour qu'il me donne un travail adapté à ma condition mais évidemment, il n'y en avait pas.

J'ai rencontré mon agent en novembre 1992. Il m'a suggéré, étant donné que j'étais déjà retournée aux études, de me payer mon cours pour l'obtention de mon diplôme d'études secondaires. Par la suite, il me donnait un an pour me trouver un emploi de réceptionniste qui n'exigeait, selon lui, qu'un secondaire V. À partir des informations qu'il m'avait données, je lui ai dit que j'étais d'accord pour essayer. La CSST m'a donc envoyé une décision déterminant l'emploi convenable de réceptionniste. On m'a aussi annoncé par écrit qu'on allait me payer 4 mois d'études pour finir mon secondaire V.

En mai 1993, la CSST m'a envoyé une décision disant que j'étais maintenant capable d'exercer l'emploi de réceptionniste et que j'avais un an pour le trouver. J'ai donc commencé à faire des demandes d'emploi et, à ma grande surprise, tous les employeurs me répondaient que l'exigence minimale pour être réceptionniste était d'avoir réussi un cours en secrétariat. Jamais mon agent ne m'avait parlé d'une telle exigence. Je l'ai appelé et il a refusé de changer sa décision en me disant qu'elle avait été rendue 6 mois auparavant et que je n'avais que 30 jours pour la contester. Je me suis sentie trahie par une personne en qui j'avais confiance. Je croyais que la CSST était là pour nous aider pas pour se débarrasser de nous...

Un ami m'a conseillé d'aller voir immédiatement une association d'accidenté­e­s du travail, ce que j'ai fait sur le champ. On m'a là-bas informée qu'il était vrai que je ne pouvais plus contester mon emploi convenable parce que le délai de contestation était expiré. Cependant, on m'a dit que je pouvais encore contester la décision qui disait que j'étais capable de faire l'emploi de réceptionniste. J'ai donc demandé la révision de cette décision.

En attendant de passer devant le Bureau de révision paritaire (BRP), j'ai décidé de m'inscrire à un cours de secrétariat. En avril 1994, le BRP a ordonné à la CSST de me rembourser mon cours de secrétariat et à me verser mes indemnités.

J'ai maintenant fini mon cours et je suis en recherche d'emploi. Je m'aperçois cependant qu'il y a très peu de postes qui s'ouvrent dans ce domaine et qu'il y a beaucoup de personnes qui ont de l'expérience ce que moi, je n'ai pas. Malheureusement, comme je n'ai pas contesté la décision qui me fixait l'emploi convenable de réceptionniste, je ne peux plus espérer d'aide de la part de la CSST.

Au fond tout ce qu'on a fait à la CSST en terme de réadaptation c'est se débarrasser de moi sans que ça coûte trop cher et surtout sans me le dire.

Johanne