MIEUX VAUT PRÉVENIR QUE GUÉRIR

Êtes-vous déjà allée dans une réunion d'information sur la prévention des accidents et des maladies du travail organisée par votre employeur ou par une association paritaire ? Non ? Vous avez manqué quelque chose ! On y apprend des choses incroyables... À vrai dire, 2 idées reviennent constamment : La responsabilité des travailleuses et l'utilité des mesures individuelles de protection. C'est toujours ça l'essentiel du message sauf qu'on le répète sous toutes les formes imaginables, de la plus subtile à la plus grossière.

En caricaturant à peine, une séance d'information sur la prévention c'est souvent un gros message publicitaire de 90 minutes. Car, voyez­vous, à notre époque de communication et de marketing, on ne lésine pas sur l'emballage. Vous pouvez gager votre chemise que la séance d'information si généreusement offerte par la compagnie, a été soigneusement préparée par des spécialistes (psychologues, publicistes, etc.) pour que le message passe en douceur, sans en avoir l'air...

Dans ces séances, on vous dira donc que " la prévention c'est l'ensemble des activités, des moyens et des efforts que CHAQUE INDIVIDU doit déployer et utiliser tout au long de son existence pour préserver sa vie et sa santé. " Tout cela est bien beau, mais avez-vous remarqué que la responsabilité de la prévention revient comme par hasard, à chaque travailleuse, qu'il faut que chacune d'elles fasse attention... Mais dites-moi, en quoi le fait de faire attention changera­t­il le sort des personnes qui deviennent, petit à petit, sourdes à force d'être exposées à un niveau de bruit infernal 8 heures par jour, jour après jour ? Comment les travailleuses qui font des mouvements répétitifs peuvent­elles, en faisant attention, éviter les atteintes aux bras, aux genoux, aux jambes dont elles souffrent ?

Non, la prévention des accidents et des maladies du travail exige beaucoup plus que le simple fait de faire attention. Elle passe avant tout par l'adaptation du milieu de travail aux besoins vitaux de celles qui y travaillent. Cependant, la plupart des employeurs ont tendance à offrir des mesures individuelles de protection (des bouchons pour les oreilles qui présentent des dangers, qui n'éliminent pas le bruit mais qui font en sorte qu'on l'entende un peu moins, etc.) plutôt que de changer les conditions de travail. Mais que fait la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) dans tout ça ?

LA CSST À L'ENVERS DU DICTON

Nous avons la Loi sur la santé et sécurité du travail qui contient des objectifs fort louables. En effet, l'article 2 de cette loi est éloquent : " la présente loi a pour objet l'élimination, à la source même, des dangers pour la santé, la sécurité et l'intégrité physique des travailleurs ". C'est la CSST qui est l'outil que le gouvernement s'est donné pour la mise en oeuvre de cette loi.

Devons­nous être rassurées ? Pas vraiment. Dans les faits, la CSST est une bien grosse machine et ses fonctions sont multiples : inspection, réglementation, prévention, indemnisation, réadaptation, information, formation et recherche. Il apparaît évident cependant que la prévention n'est pas sa priorité. En effet, pour l'année 1993, la prévention était encore le parent pauvre de la CSST en n'obtenant que 4,5 % du budget global de cette commission. Il est intéressant de constater que le budget alloué à la prévention est trois fois moins élevé que le budget d'administration de la CSST. Le moins qu'on puisse dire, c'est que la philosophie énoncée dans la loi ne semble guère se traduire au niveau des priorités budgétaires de la CSST. On nous dira que ça va venir, mais pour l'instant...

Pour l'instant, la CSST préfère guérir que prévenir... Pour l'instant, chaque jour, plusieurs milliers de personnes perdent leur santé, leur intégrité physique et psychique à tenter de gagner leur vie... Pour l'instant, 1 personne au travail sur 10 est victime d'un accident ou d'une maladie du travail, et cela sans compter les milliers de travailleuses et de travailleurs qui ignorent le lien entre leurs malaises et leur travail ou qui voient leur réclamation refusée par la CSST... Pour l'instant plusieurs personnes souffrent d'incapacité permanente... Pour l'instant, les employeurs s'en lavent les mains, occupés qu'ils sont à augmenter leur productivité, leur compétitivité et bien sûr, leurs profits...

Danielle Forget