QUAND JE SUIS RETOURNÉE À L'OUVRAGE

Je m'appelle Diane et je suis couturière. Je me suis usée pendant quatorze ans pour un employeur et j'ai donné tout ce que je pouvais. Mais lorsque mon corps n'a plus suivi, tout ce que j'ai eu comme remerciement, c'est de me faire écoeurer et harceler par mon patron. Mon travail m'a causé des problèmes aux 2 épaules (tendinites) et au dos. J'ai été traitée plusieurs fois pour ces problèmes et à chaque fois, mon employeur n'a cessé de contester mes réclamations ou les traitements que je devais suivre. À chaque fois, il prétendait que j'étais apte au travail. Voici comment s'est passé mon dernier retour à mon emploi.

Au début de 1991, alors que j'étais en traitement médical et indemnisée par la CSST, mon employeur a contesté l'opinion de mon médecin traitant en prétendant que j'étais apte à travailler. La CSST m'a donc fait rencontrer un arbitre médical pour décider de mon sort. Ce dernier s'est dit d'accord avec mon employeur. La CSST a donc coupé mes traitements médicaux et mes indemnités. On m'a aussi demandé de retourner travailler au même travail dès le lendemain matin. J'ai appellé mon médecin pour lui demander conseil. Il n'en revenait tout simplement pas et il m'a suggéré de contester la décision et de ne pas retourner au travail.

J'ai décidé de suivre son conseil et de contester la décision. Mais je ne pouvais me payer le luxe de ne pas avoir de revenu. Ce n'est pas avec mon salaire de 6,40 $ de l'heure que j'aurais pu me ramasser un bas de laine me permettant attendre 2 ans avant de passer à la Commission d'appel. Je suis donc retournée au travail.

Dès mon retour, on m'a assignée à mon travail régulier mais, à cause de mon état de santé, je ne pouvais pas faire la production exigée. Quand vous avez les épaules et le dos finis et qu'on vous demande de produire 64 pantalons ou 125 jupes à l'heure, vous ne pouvez tout simplement pas. Mon employeur a commencé à me harceler, à me donner des avis verbaux, à faire vérifier mes coutures, etc. Une pression constante afin de me forcer à démissionner de mon poste. Il a aussi commencé à m'envoyer des avis disciplinaires écrits.

Pour réussir à faire ma production, j'ai commencé alors à rentrer une heure plus tôt le matin, gratuitement, pour tenter de faire mon salaire de 8 heures en 9 heures de travail. Mais malgré cela, je n'ai pas réussi à produire selon les exigences. En dépit de tout cela, mon employeur a continué de me donner des avis comme celui-là : " Suite à plusieurs avis verbaux, soit que vous devez faire votre salaire régulièrement, nous n'avons vu aucune tendance à vouloir nous démontrer une tentative d'amélioration. Donc, nous vous avisons formellement par écrit de voir à corriger cette situation immédiatement à défaut de quoi, des mesures disciplinaires plus sévères pourront être prises ". Que voulait­il de plus ? Que je travaille 16 heures par jour au prix de 8 ?

Tout cela a pris fin lorsque j'ai gagné à la Commission d'appel. On a jugé que mon médecin et moi avions raison : je n'étais physiquement plus capable de refaire ce travail. Un enfer qui a duré plus de deux ans.

Le plus drôle dans ça, c'est qu'au moment où que je souffrais le martyr et que je demandais un travail plus facile, l'employeur a toujours refusé prétextant qu'il n'y a pas de travail plus facile que le mien dans l'usine. Mais après ma victoire à la Commission d'appel, lorsqu'il a su que j'allais être payée en réadaptation, un poste adapté à ma condition physique est miraculeusement devenu disponible. Heureusement, cette fois­là, la CSST n'est pas tombée dans le panneau. J'ai donc pu avoir droit à la réadaptation et quitter ce milieu de travail qui me rendait malade.

Diane