TOUJOURS MÉNAGÈRES...

De plus en plus de femmes travaillent. Cependant, la grande majorité d'entre elles travaillent dans des conditions de surexploitation qui sont la manifestation, au travail, de l'oppression que subissent les femmes dans toutes les dimensions de la vie sociale. Elles sont moins payées pour le même travail, elles occupent des emplois où les opportunités d'avancement sont rares, les horaires de travail sont rigides et les avantages sociaux sont faibles. Elles accomplissent de plus, des tâches ingrates et répétitives.

Certains facteurs ont été identifiés comme des sources de stress chez les travailleuses. Toutefois, le concept du travail est largement débordé lorsqu'il s'agit du travail des femmes puisqu'elles assument quotidiennement et gratuitement, les tâches domestiques et familiales. Des études récentes démontrent que, malgré une tendance vers un partage plus équitable des responsabilités domestiques, les femmes demeurent les principales responsables du foyer. Ainsi, une fois sortie de leur lieu de travail, elles commencent une deuxième journée de travail à la maison, ce qui constitue un facteur de stress supplémentaire.

De plus, les crises économiques que nous avons traversées ces dernières années ont affecté et affectent encore, les conditions de vie des femmes. Traditionnellement responsables de gérer le budget familial et de pouvoir aux besoins des membres de la famille, les femmes se voient confrontées à réinventer les miracles de leurs grand-mères pour joindre les deux bouts. Par exemple, plusieurs voyant leur revenu diminuer, se sont remises à la couture plutôt que d'acheter des vêtements afin de réduire les coûts. Tout cela demande des heures. On estime que des travailleuses salariées avec de jeunes enfants, effectuent entre 70 et 76 heures de travail par semaine. Les femmes qui sont rendues malades par leur travail ne sont pas dans les meilleures conditions pour récupérer et guérir. En effet, même si on cesse le travail salarié à la manufacture, on continue quand même de travailler une semaine complète à la maison.

Il n'est pas facile d'assumer autant de responsabilités. Les femmes sont placées dans une situation où elles doivent correspondre au mythe de la super femme : mère idéale, employée exemplaire, conjointe attentive, femme accomplie, etc. Le mythe ne tarde pas à se dégonfler lorsqu'on constate que plusieurs femmes présentent des symptômes de fatigue chronique, des maux de tête, des difficultés de digestion, de l'insomnie et un épuisement physique et psychologique lié à la surcharge qu'exige la conciliation des rôles de mère, d'épouse, de travailleuse, ...

Des recherches doivent être entreprises pour tenir compte de l'influence des emplois occupés par les femmes et leur double journée de travail, sur leur santé physique et psychologique. Il est important d'analyser l'insatisfaction des femmes face à leur travail dans le but d'en déterminer les causes et non dans l'esprit de trouver des raisons pour les renvoyer à leurs casseroles, qu'elles n'ont d'ailleurs pas quittées...

Les femmes sont en droit d'exiger des conditions de travail et de vie adéquates. Si elles ont des charges et des responsabilités plus lourdes que les hommes en dehors du travail, ce sont de ces responsabilités qu'il faut les décharger. C'est pourquoi nous devons revendiquer des conditions de travail respectueuses de la santé, des horaires de travail plus flexibles, des services de garde adéquats en milieu de travail et des politiques familiales plus justes. Il nous faut aussi forcer une plus grande implication des hommes dans les tâches qui relèvent tout autant de leur responsabilité. Ainsi, les femmes pourront accéder à une plus grande égalité.

Danielle Forget