Plusieurs personnes croient encore aujourd'hui que le travail traditionnellement exécuté par les femmes dans notre société est moins exigeant que celui exécuté par les hommes et qu'il présente moins de dangers pour leur santé. Cela est absolument faux. C'est néanmoins cette fausse vision des choses qui a amené la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) à concentrer ses minimes efforts de prévention dans les secteurs d'emploi traditionnellement réservés aux hommes, délaissant ainsi les travailleuses qui ont pourtant bien besoin de conditions de travail plus saines et plus sécuritaires.
S'il est vrai que le travail exécuté par les femmes demande souvent moins de force physique que celui exécuté par les hommes, il demande souvent plus d'endurance. Prenons par exemple le travail d'opératrice de machine à coudre. Le Groupe de rechercheaction en biologie du travail (GRABIT) a décortiqué ce travail afin de pouvoir analyser l'énergie qu'il demande. Voici les résultats de l'étude réalisée par ce groupe : une opératrice de machine à coudre peut répéter le même cycle de travail plus de 1 500 fois par jour; ce cycle de travail implique des mouvements presque continuels des mêmes parties du corps; en une journée de travail, les opératrices soulèvent plus 400 kilos de matériel et exercent une force de plus de 2 850 kilos avec leurs bras, leurs épaules et leurs mains; la posture de travail est fixe et elles travaillent le dos courbé et la tête penchée au dessus de leur machine. Comment pourraiton prétendre que ces femmes exécutent un travail léger ?
En ayant à travailler dans de telles conditions, il n'est pas surprenant que tant d'opératrices de machine à coudre soient victimes de maladies (tendinites, bursites, syndrome du canal carpien, etc.) causées par leurs mauvaises conditions de travail. Le travail d'opératrice de machine à coudre n'est cependant pris ici qu'à titre d'exemple puisque plusieurs types d'emplois occupés par les femmes présentent des conditions d'exécution dangereuses pouvant entraîner des maladies du travail. On peut penser aux caissières, aux assembleuses sur les chaînes de montage, aux serveuses, aux travailleuses des abattoirs, etc. Tous ces emplois sont très exigeants et ne sauraient être considérés comme des emplois légers. Il est donc grand temps que notre société modifie sa perception du travail des femmes afin que celleci corresponde davantage à la réalité.
Les travailleuses qui occupent des emplois qui les rendent malades sont trop souvent démunies, isolées, nonsyndiquées. Elles n'ont habituellement accès à aucune ressource qui puisse leur fournir des explications simples concernant les origines de leurs problèmes de santé et les traitements possibles pour les différentes maladies dont elles sont victimes. Elles ignorent aussi pour la plupart quels sont leurs droits face à leur employeur et à la CSST. Ceci amène plusieurs travailleuses à abandonner leur travail sans avoir eu l'information dont elles avaient besoin et sans avoir fait valoir leurs droits. Elles assument ainsi personnellement les conséquences des maladies desquelles elles ne sont pourtant pas responsables.
C'est afin de contribuer à modifier cette situation dans laquelle trop de travailleuses se retrouvent que nous avons décidé de produire ce numéro spécial sur les conditions de travail des femmes et leurs conséquences sur la santé. Nous espérons que l'information qu'il contient saura éclairer les travailleuses déjà malades sur ce qui leur arrive de même que les soutenir et les assister dans leurs différentes démarches. Nous espérons aussi qu'il incitera l'ensemble des travailleuses à s'unir afin que les conditions dans lesquelles elles doivent exercer leur travail soient modifiées de façon à ce qu'elles ne les rendent plus malades et qu'elle puissent ainsi cesser de perdre leur vie à la gagner.
Liane Flibotte
Roch Lafrance