Combien de travailleuses ont encore aujourd'hui l'impression de se transformer en machine dès leur arrivée à l'usine ? Sans doute des dizaines de milliers. Comment pourraitil en être autrement quand on leur demande d'exécuter leurs tâches à un rythme démentiel, de rencontrer des cadences qu'on a du mal à regarder sans être étourdie ?
La cadence de travail inhumaine est, dans les milieux manufacturiers, la réalité quotidienne de nombreuses femmes. On a qu'à penser aux opératrices de machine à coudre, aux assembleuses, aux emballeuses et à toutes celles qui travaillent sur des chaînes de montage qui fonctionnent à une vitesse sur laquelle elles n'ont aucun contrôle, pour réaliser que les conditions de travail des femmes sont encore conditionnées par l'appétit de profit de leurs employeurs, qui demeurent insensibles aux dangers que peuvent présenter les conditions de travail qu'ils imposent aux travailleuses.
Plusieurs prétendaient que les nouvelles technologies allaient réduire les contraintes reliées à certains types de tâches. S'il est vrai que le travail a revêti de nouveaux visages avec le développement de nouvelles technologies, il est également vrai que ces technologies, que certains nous présentent comme ayant amélioré les conditions de travail, ont malheureusement, en certaines occasions, eu pour effet de les empirer.
L'emploi de caissière constitue une bonne illustration de cette réalité. Ces travailleuses qui devaient auparavant poinçonner le prix de chacun des items sur la caisse enregistreuse, ont dorénavant à leur disposition des lecteurs optiques. À première vue, on pourrait penser que leurs conditions de travail se sont améliorées puisqu'on les a libérées de la tâche du poinçonnage. Peut-être faut-il jeter un regard un peu plus attentif sur cette modification avant d'en faire un bilan trop positif ? Bien que quand on les regarde il ne soit évident qu'on impose une cadence de travail à ces femmes, c'est pourtant le cas. Elles voient maintenant le nombre d'items passés à la caisse chronométré et leur productivité évaluée par leurs employeurs à l'aide des lecteurs optiques. On a aussi remarqué, avec l'entrée des lecteurs optiques dans les super marchés, une diminution du personnel et donc une augmentation de la tâche de chaque caissière.
C'est également le cas des téléphonistes qui voient, elles aussi, le nombre de secondes qu'elles prennent pour répondre à une demande d'une abonnée, chronométré. Il semble donc que le développement de nouvelles technologies ait permis, dans plusieurs cas, un plus grand contrôle des employeurs sur les travailleuses plutôt qu'un plus grand contrôle des travailleuses sur leur travail.
Les cadences présentent des dangers certains pour la santé. Elles augmentent les risques d'accidents et de maladies du travail en forçant les travailleuses à surutiliser leurs membres et en leur faisant répéter, à un rythme effréné, semaine après semaine, année après année, les mêmes mouvements. Les travailleuses voient donc leur santé se dégrader au même rythme que celui de la chaîne de montage.
Les travailleuses devraient ralentir. C'est aux employeurs d'aller plus vite ! Ils doivent en effet, accélérer le processus d'amélioration et d'assainissement des conditions de travail. Il faut non seulement que les cadences ralentissent, il faut de plus, que les tâches soient modifiées de manière qui respecte les limites du corps humain. On n'est pas des machines et il est nécessaire que la situation change de façon à ce que les travailleuses n'aient plus à se rendre malades au travail.
Liane Flibotte