L'APPĀT DU GAIN

Certains employeurs n'ont aucun scrupule ! En plus d'exploiter à l'extrême limite leurs travailleuses en les rémunérant à la pièce ou au bonus, ils tentent de leur faire porter la responsabilité de leur maladie causée par un travail trop rapide et répétitif, en plaidant que celle-ci a été causée par " l'appât du gain ".

En octobre 1987, une personne à l'emploi de Dominion Textile cesse de travailler en raison d'une douleur à l'épaule droite due à son travail. Celle-ci doit manipuler environ 2 000 bobines de fil pesant six livres et 2 000 bobines vides par quart de travail. Cette personne avait déjà eu des problèmes avec cette épaule quatre ans auparavant.

L'employeur paie un salaire de base pour ce travail. Si les travailleuses et travailleurs dépassent leurs quotas de production, elles et ils ont droit à un bonus. Évidemment, pour pouvoir toucher ce bonus, l'employeur reconnaît que les travailleuses et travailleurs doivent exécuter leurs mouvements d'une façon plus rapide afin de manipuler plus de bobines.

À l'audition devant la Commission d'appel en matière de lésions professionnelles, l'employeur a le culot de plaider que la personne, connaissant la vulnérabilité de son épaule, n'aurait pas dû poser des gestes qui mettaient en danger son épaule et qu'elle aurait dû réduire sa cadence de travail. l'employeur a soutenu qu'en travaillant à un rythme trop rapide, son employé aurait commis une négligence grossière et volontaire à cause de l'appât du gain. Il demande donc à la Commission d'appel de ne pas reconnaître la maladie professionnelle de son employé.

Heureusement, la Commission d'appel a rejeté du revers de la main l'argument de l'employeur et a accepté la réclamation tout en soulignant qu'il ne fallait jamais oublier que l'employeur bénéficiait d'une production accrue à cause de ce rythme accéléré. C'est au moins ça de pris !

Roch Lafrance