Plusieurs éléments reliés au travail des femmes ont une influence certaine sur l'indemnisation des maladies qu'elles développent au travail et sur les conditions de vie qu'elles connaîtront après la survenance de leur maladie. On sait que la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles s'applique à tout le monde également, peu importe que l'on soit homme ou femme. Cependant, puisque les femmes sont, à plusieurs égards, dans une situation qui diffère de celle des hommes, elles se retrouvent souvent encore plus pénalisées qu'eux suite à une maladie du travail.
LES BAS SALAIRES DES FEMMES
La loi prévoit qu'une personne qui est retirée du travail pour cause de maladie développée au travail a droit de recevoir pendant sa période de traitement, 90 % de son salaire net. Cette perte de 10 % du salaire qui est injuste pour tout le monde, a souvent des conséquences désastreuses sur les femmes à cause des bas salaires qu'elles tirent de leur emploi. Nous savons que les femmes gagnent encore en moyenne moins de 70 % du salaire moyen des hommes. Les femmes sont donc plus pauvres que les hommes avant de développer une maladie du travail et elles le sont inévitablement après. En effet, il faut bien admettre que le fait de se retrouver avec 90 % de son salaire net quand on est un homme qui tire 25 000 $ annuellement de son emploi entraîne des conséquences moins graves que le fait de se retrouver avec 90 % de son salaire net alors qu'on a un salaire de 15 000 $ par an. Les travailleuses sont conséquemment lourdement touchées lorsque survient une maladie du travail. En plus de voir leur maigre salaire amputé de 10 %, les travailleuses ont parfois à subir les remarques désobligeantes des agentes de la CSST qui ont le culot de leur dire que leur misère économique n'est pas si dramatique puisque leur conjoint travaille.
LES TRAITEMENTS MÉDICAUX
Bien que toutes les victimes d'accidents ou de maladies du travail, hommes et femmes, soient susceptibles de se faire dire par un médecin que leur douleur " est dans la tête ", les travailleuses, elles, se feront dire qu'elles proviennent de syndromes fourre-tout tels que le syndromes prémenstruel, ou de leur ménopause ou encore de l'hystérie que l'on attribue encore si facilement aux femmes dans notre société. Il faut malheureusement admettre qu'encore aujourd'hui, plusieurs médecins sont marqués par des préjugés à l'endroit des femmes et ont donc une approche chauvine et sexiste envers elles. Les femmes se feront donc régulièrement bourrer de pilules pour dormir, pour les nerfs, etc. Quand on est victime d'une maladie du travail, on doit tenter de rencontrer un médecin susceptible de comprendre ce qui nous arrive et qui est en mesure de nous donner des traitements appropriés à notre condition. Ceci est particulièrement vrai en cette matière puisque les maladies du travail sont plus difficiles à diagnostiquer que la plupart des lésions subies suite à un accident de travail.
LE FAIBLE TAUX DE SYNDICALISATION DES TRAVAILLEUSES
Les travailleuses sont moins syndiquées que les travailleurs. Ceci a bien sûr un effet sur la qualité de leurs conditions de travail et sur leurs conditions salariales. En effet, l'outil syndical contribue habituellement à l'amélioration de ces conditions. De plus, le fait d'être syndiquée nous donne souvent accès à des services d'information sur nos droits en tant que travailleuse et à des services de défense si nos droits ne sont pas respectés. Tant que les femmes n'auront pas davantage accès à la syndicalisation, elles connaîtront des conditions de travail et des conditions salariales moins intéressantes que celles des hommes et elles seront isolées, maintenues dans l'ignorance de leurs droits ou, si elles les connaissent bien, sans ressource pour les faire respecter par leurs employeurs ou par la CSST.
On constate que le fait d'être une femme peut, à cause de la discrimination générale dont les femmes sont victimes et à cause des conceptions sexistes dans lesquelles baigne encore notre société, présenter certaines difficultés supplémentaires. On doit donc, en plus de s'assurer que nos droits sont respectés dans le cadre actuel, travailler à la transformation générale de la situation des femmes dans le monde du travail. En effet, ce n'est qu'avec un travail important sur ces deux tableaux à la fois, que nous pouvons espérer voir la situation des travailleuses s'améliorer.
Liane Flibotte