Ce document ne se veut nullement une recherche exhaustive de l'histoire du mouvement ouvrier et des maladies du travail. Nous n'avons fait qu'une synthèse de quatre (4) documents qui font le tour de la question. Ces documents sont les suivants :
Les conditions de travail de la classe ouvrière sont déplorables. Les risques pour la santé et sécurité sont très élevés; la ventilation est presque inexistante et les employé-e-s de certaines manufactures paient même pour le chauffage et l'éclairage. Le rythme des cadences est infernal et les heures de travail interminables; dans les années 1880, la semaine habituelle de travail est de 60 à 72 heures. Sous la pression du mouvement ouvrier, le gouvernement du Québec adopte en 1885, la "Loi des manufactures" qui fixe à 60 heures par semaine l'horaire normal de travail pour les femmes et les garçons de moins de 18 ans. Pour les hommes, aucune réglementation ne sera adoptée avant 1938.
Vers 1850, 10 % des femmes occupent un emploi salarié. Vers 1900, cette proportion est de 20 %. Les travailleuses gagnent deux fois moins que les hommes; elles sont surtout payées à la pièce, majoritairement dans le secteur du textile, vêtement, chaussure et du tabac. D'ailleurs, au début de 1900, 10 000 femmes travaillent au Québec sur le "Régime de la sueur" : le travail à la pièce se fait à domicile ou dans de petits ateliers et est supervisé par de petits entrepreneurs sous-contractant pour les manufactures. Pour comparaison, une étude faite en 1983 dénombre de 20 000 à 30 000 travailleuses au noir au Québec [Voir: Ruth Rose et Michel Grant, UQAM, 1983, Le travail à domicile dans l'industrie du vêtement au Québec].
Malgré cela, le problème le plus important demeure, pour cette période, l'exploitation du travail des enfants. La "loi des manufactures" de 1885 interdit le travail des enfants de moins de 12 ans jusqu'en 1909 alors que l'âge minimum sera fixé à 14 ans. En 1891, il y avait 10 000 garçons et filles de moins de 16 ans dans les industries et ils-elles gagnaient moins du tiers du salaire adulte.
La principale loi régissant les relations de travail est la "loi des maîtres et des serviteurs". Cette loi prévoyait des amendes et l'emprisonnement pour les travailleurs et travailleuses trouvé-e-s coupables de désertion, d'absentéisme, de paresse, de mauvaise conduite ou de toute autre attitude jugée inconvenante à l'égard du patron. C'est uniquement grâce à leurs luttes très dures et parfois violentes, que les travailleurs et travailleuses vont faire des gains majeurs et obtenir un droit fondamental: le droit d'association et la reconnaissance de leurs syndicats.
Il n'existe aucun système d'indemnisation, ni pour les accidents du travail, ni pour les maladies du travail. Pour arracher quelque chose aux patrons, les travailleurs et travailleuses doivent poursuivre, à leur frais, les patrons en justice et doivent prouver la responsabilité de l'employeur. En somme, peu de poursuites sont intentées et les victimes se contentent de l'aide des camarades de travail. Les maladies du travail devaient très certainement être présentes et nombreuses pendant cette période puisque l'industrialisation causait une augmentation énorme des dangers.
De 1875 à 1900, à Montréal, il y eut 2 fois plus de mortalité dans les quartiers ouvriers que dans les quartiers bourgeois.
Mais les luttes syndicales amènent une amélioration des conditions de travail. Suite aux pressions ouvrières, on adopte en 1919 une loi qui interdit l'embauche des moins de 16 ans. Les syndicats font campagne pour la semaine de 44 heures qui est gagnée par certaines catégories de travailleurs et travailleuses. La question des accidents du travail a été l'une de celles qui ont préoccupé le plus le mouvement ouvrier. À cette époque, il s'agit d'un fléau qui entraîne chaque année des milliers de familles dans la misère, tout comme les maladies du travail. Suite aux pressions des syndicats, le gouvernement adopte, en 1909, une première loi d'indemnisation des accidenté-e-s.
Cette loi reconnaît que les accidents du travail (pas les maladies du travail) constituent un risque professionnel et elle oblige l'employeur à verser une indemnité qui peut aller jusqu'à 50 % du salaire de l'accidenté-e en cas d'incapacité totale. Le montant final est fixé par la cour. En 1925, on révise la loi : les compensations peuvent aller jusqu'au 2/3 du salaire et les employeurs sont obligés de s'assurer individuellement en vue d'indemniser les accidenté-e-s. Les victimes de maladies du travail ne sont pas encore reconnues, ni indemnisées et doivent compter sur l'aide de leur syndicat pour survivre.
C'est en 1931 qu'on met sur pied le premier régime collectif d'indemnisation des accidenté-e-s du travail basé sur les cotisations obligatoires des employeurs administrées par un organisme du gouvernement du Québec, la Commission des accidents du travail. Les travailleurs et les travailleuses peuvent réclamer les indemnités sans avoir à prouver la faute de l'employeur. Par contre, les travailleurs et les travailleuses ne peuvent plus poursuivre en justice les employeurs. La loi de 1931 reconnaît pour la première fois les maladies profession- nelles, cela suite aux pressions faites depuis de nombreuses années par le mouvement ouvrier. En 1931, seulement 13 maladies professionnelles sont reconnues. La loi prévoit des dispositions particulières pour la silicose. Lorsque l'incapacité ou le décès de l'ouvrier résulte de cette maladie, la victime n'a aucun recours à moins qu'elle n'ait été exposée aux poussières de silice au cours de son emploi au Québec pendant des périodes de temps dont la durée totale est d'au moins 5 ans.
En 1933, plusieurs maladies, dont la silicose et les pneumoconioses sont rayées de la liste des maladies industrielles reconnues comme donnant droit à une indemnité. La silicose est de nouveau reconnue en 1938, et les ouvriers doivent alors prouver que leur maladie résulte d'au moins 3 ans de travail dans les mines québécoises. En 1943, on ajoute l'amiantose comme maladie professionnelle.
En février 1949, la grève de l'amiante à Asbestos et Thetford-Mines a comme principale revendication la protection contre la poussière d'amiante. C'est une révolte ouvrière contre l'amiante après plusieurs années de revendications. Cette grève est menée par la Coalition de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC), le Congrès canadien du travail (CCT) et la Fédération provinciale du travail du Québec (FPTQ). À cette époque, les syndicats demandent qu'on subventionne la recherche universitaire sur l'amiantose. On réclame également des cliniques médicales indépendantes des compagnies et du gouvernement.
Fin 1957, à Arvida, les travailleurs de l'aluminium réussissent, grâce à la grève, à gagner l'amélioration des conditions de travail dans les salles de cuves.
Dans certaines petites entreprises appartenant à des secteurs économiques fragiles (bois, meuble, chaussure), des syndiqué-e-s doivent se battre contre des conditions de travail d'un autre âge, synonymes de surexploitation. C'est le cas par exemple à la Dominion Ayers, une usine de contre-plaqué de Lachute, propriété de la famille Gilbert Ayers. La grève, déclenchée le 3 juillet 1966, dure 4 mois dans cette petite ville où, contre la même compagnie Ayers, Madeleine Parent et Kent Royley avaient dirigé une grève du textile vingt ans plus tôt.
Les 300 grévistes membres de la CSN, doivent affronter le petit empire de la famille Ayers qui "possède" toute la ville : les deux plus grosses entreprises locales (textile et bois), une piste d'atterrissage, un motel, deux terrains de golf, la piscine municipale, une pente de ski, etc. Cette domination s'étend au conseil municipal qui a toujours restreint l'implantation de nouvelles industries concurrentes afin de maintenir les salaires au plus bas niveau possible dans les entreprises Ayers.
Les conditions insalubres dans l'usine provoquent des maladies de la peau et des poumons : en outre, 30 % des ouvriers et ouvrières ont perdu au moins un doigt à l'ouvrage. Les grévistes, qui ont enfin réussi à se donner un syndicat après des années de répression et de paternalisme, s'attirent vite la solidarité de la population de Lachute et des travailleuses et travailleurs québécois-e-s. Une manifestation d'appui tourne à la violence après l'intervention brutale de la police privée des Ayers. Au sortir de cette première bataille, les travailleurs et travailleuses réussissent à faire reculer un peu l'exploitation et à mettre en lumière le problème de la santé et de la sécurité dans les usines.
En 1931, la loi prévoyait une compensation pour les maladies industrielles reconnues ou prévues par règlements. En 1962, la CAT (Commission des accidents du travail), élargit cette notion pour inclure toute maladie caractéristique d'un emploi, métier ou procédé industriel et qui lui est particulière. Le travailleur ou la travailleuse qui réussit à faire la preuve du lien de causalité entre la maladie dont il ou elle souffre et son travail peut recevoir des prestations.
Par exemple, des luttes sont menées par les Métallos à MLW-Bombardier et par la CSN à la fonderie Fer et Titane de Sorel. En 1975, suite à une grève de sept (7) mois dans les mines à Thetford-Mines menée conjointement par les syndiqué-e-s FTQ-CSN, le gouvernement adopte la loi 52 pour indemniser les victimes d'amiantose et de silicose dans les mines et carrières.
En 1978, le gouvernement restreint la notion de maladie professionnelle pour ne viser que les maladies reconnues par la CSST comme caractéristique d'un travail ou reliée directement aux risques particuliers de ce travail. La reconnaissance de nouvelles maladies professionnelles par la CAT devient discrétionnaire. On veut stopper la reconnaissance des maladies professionnelles. En 1979, la loi 17 est adoptée (loi sur la santé et la sécurité au travail), remplaçant la Commission des accidents du travail par la Commission de la santé et de la sécurité au travail (CSST). C'est aussi à la fin des années 70 que débute la bataille qui mènera à l'adoption de la loi 42 en 1985. En 1977, le gouvernement accorde à la Commission des affaires sociales (CAS) le mandat d'entendre et de juger les contestations des décisions rendues par la CAT. Afin que la CAS puisse rendre des décisions portant sur les rentes d'incapacité, la CAT doit rendre public ses barèmes d'évaluation qu'elle garde secrets depuis 1931. C'est à ce moment qu'on se rend compte que la CAT fraude littéralement les accidenté-e-s depuis 50 ans car les barèmes révélés n'évaluent que l'incapacité physique; la diminution de capacité de travail, elle, n'est jamais évaluée. Un accidenté se rend donc jusqu'en Cour Suprême du Canada pour obliger la CAT à évaluer ça et la Cour lui donne raison. C'est à partir de ce moment que la CAT (devenue la CSST) commence à écrire un projet de loi prévoyant l'abolition des rentes à vie et la disparition du concept de diminution de capacité de travail. La loi 42 entre en vigueur le 19 août 1985, sombre journée pour les victimes d'accidents et de maladies de travail.
Cette nouvelle loi a pour objectif de faire passer les victimes à l'aide sociale et de transférer les coûts, des employeurs à la société. La loi 42 est née dans un contexte où les employeurs trouvaient que les coûts étaient devenus trop importants et qu'il fallait éliminer certains droits des victimes.