Le 21 février 1979, les objectifs généraux de l’organisme sont fixés et une demande d’incorporation à titre d’organisme à but non-lucratif est faite.
Après quelques rencontres d’information, l’Assemblée générale de fondation le 21 mars 1979 se tient. Suivirent l’obtention des lettres patentes le 30 mai 1979 (consacrant l’existence légale de l’organisme) et l’Assemblée générale du 20 juin qui permit d’élire le premier Conseil d’administration du CTTAE, conseil majoritairement composé de victimes d’accident du travail.
Les premières actions du Comité face à la CAT en région ont visé à faire cesser ce climat de terreur, à exiger plus de transparence dans les dossiers des victimes et aux niveaux des politiques internes de la Commission et à faire reconnaître le CTTAE comme un interlocuteur valable représentant les intérêts des victimes d’accidents et de maladies du travail auprès des instances politiques et administratives. Pour réussir, le Comité a tenté de sensibiliser l’opinion publique sur ces aspects et a, à diverses reprises, manifesté et occupé les bureaux de la CSST.
À l’interne, le CTTAE, qui compte à cette époque une trentaine de membres, tente d’établir une vie associative dynamique, regrouper les victimes d’accidents et de maladies du travail et éduquer les travailleurs et les travailleuses sur leurs droits en matières d’accidents et de maladies du travail.
Malgré la présentation d’un mémoire en commission parlementaire et une campagne d’opinion publique, la loi 17 est adoptée le 21 décembre 1979 avec quelques amendements. En dépit de cette « défaite », le Comité venait de faire ses premiers pas au niveau politique. De plus, plusieurs liens avaient été tissés avec le mouvement syndical et avec d’autres organisations d’accidenté-e-s du travail qui existaient alors dans quelques régions du Québec.
Le CTTAE entreprend alors une lutte sur cette question et établit un front commun avec d’autres associations d’accidenté-e-s du travail à travers la province. C’est ce mouvement qui donne naissance à l’Assemblée des travailleurs et travailleuses accidenté-e-s du Québec (ATTAQ). Devant le rapport de force organisé par les associations, le gouvernement recule et le règlement ne sera jamais approuvé.
Depuis cette date, le CTTAE sera de toutes les luttes nationales touchant les accidenté-e-s du travail et est un des membres les plus actifs de l’ATTAQ.
C’est à ce moment que la CSST frappe encore. En pleine période estivale, elle procède à des coupures sauvages et abolit l’indexation annuelle des indemnités, restreint l’accès à la réadaptation, limite les traitements de médecine physique telle la physiothérapie, etc.. Ces coupures font tellement mal que le membership du Comité passe en quelques mois de 60 à 245 membres.
La riposte des accidenté-e-s du travail est tellement vive que le ministre du travail pose 2 gestes à l’automne: il convoque une commission parlementaire pour étudier le fonctionnement de la CSST et il dépose à l’Assemblée nationale une réforme majeure de la Loi sur les accidents du travail. Invité à la Commission parlementaire, la présentation de notre mémoire sur le traitement infligé aux accidenté-e-s (plus de 100 pages illustrées d’histoires d’horreur) choque l’opinion publique et les députés et oblige le ministre du travail à restreindre les pouvoirs de la CSST, particulièrement en matière médicale.
Malgré des gains appréciables sur plusieurs questions, par exemple le droit à la réadaptation, le droit de retour au travail ou la limitation des pouvoirs de la CSST en matière médicale, l’adoption de cette loi a été une dure défaite pour le CTTAE. Malgré les 9 ans qui se sont écoulés, les effets démobilisant de ce revers se font encore sentir.
Parallèlement à ces activités, le CTTAE continue de dénoncer publiquement les injustices que vivent les accidenté-e-s sous l’empire de la nouvelle loi. À titre d’exemple, mentionnons le dossier annuel portant sur l’arbitrage médical où, chiffres à l’appui, le CTTAE démontre que ce mécanisme supposément neutre relevant du ministère du travail est totalement biaisé. En effet, sur 270 arbitres médicaux au Québec, 6 médecins (tous d’anciens médecins de compagnie et de la CSST) font plus de 50% de tous les arbitrages médicaux.
De plus, le Comité a été à l’avant-garde des luttes touchant les droits des accidenté-e-s qui ont eu leur accident sous l’empire de l’ancienne loi, personnes que l’on a tentées de mettre aux oubliettes. Mentionnons entre autres la lutte pour obtenir l’indexation des indemnités perdue sous l’ancienne loi en 1982 ou encore la protection des programmes de réadaptation et des indemnités pour les personnes devenues invalides suite à leur accident du travail.
Le CTTAE, malgré ses contraintes et le peu de ressources financières, entend bien continuer son travail d’éducation, de mobilisation et de luttes comme il l’a fait depuis sa fondation.