Depuis 1979, Comité des travailleurs et travailleuses accidenté-e-s de l'Estrie (CTTAE) se voue particulièrement à la défense des droits et des intérêts des victimes d'accidents et de maladies du travail, mais aussi à la promotion et à l'amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs et des travailleuses.
Plusieurs personnes connaissent le Comité par le biais de ses interventions publiques et de mobilisation, par ses actions politiques ou de lobbying, ou encore par ses services de conseils et de représentation devant les instances administratives. Beaucoup moins de celles-ci sont cependant informées du fonctionnement interne du Comité des principes sur lesquels cet organisme est fondé depuis plus de seize ans. Ce portrait vise à corriger cette situation afin de donner une idée générale du type d'organisme qu'est le CTTAE.
Le CTTAE est une association autonome et ne dépend d'aucun autre groupe dans son action.
Il est primordial au Comité que ce soit les membres de l'organisme qui le contrôlent collectivement dans tous les lieux de prises de décisions (assemblée générale, conseil d'administration, comités, etc.), autant quant à sa gestion que dans ses activités. Ceci permet aux membres de réaliser qu'ils et elles sont les véritables moteurs du changement. Être un organisme autonome, c'est se donner les moyens de défendre ses membres sans qu'aucune pression extérieure nous contrôle. C'est se donner le pouvoir, en toute situation, de prendre position dans le réel intérêt de ses membres.
En mettant de l'avant ce principe, il faut bien comprendre qu'il n'est nullement question de vouloir s'isoler des influences extérieures puisque l'organisme est membre de plusieurs coalitions et regroupements. C'est une question de savoir qui contrôle l'association.
Un organisme sans but lucratif est un organisme qui, sur la base d'une charte et/ou d'une pratique concrète, n'a pas comme objectif de faire des profits et qui réinvesti ses surplus financiers dans l'amélioration de ses activités.
Les victimes d'accidents et de maladies du travail ayant des intérêts communs, elles n'ont pas avantage à vouloir faire des profits les uns et les unes sur les autres; c'est pourquoi les revenus de leur organisation doivent être investis dans des activités visant l'amélioration de leurs conditions de vie et de travail.
L'indépendance financière est une des grandes garanties à l'autonomie d'action. En tant qu'organisation défendant les droits des victimes de lésions professionnelles qui est contrôlée par ses membres, ceux et celles-ci doivent pouvoir mettre de l'avant des moyens d'actions selon leur volonté collective. Cette volonté collective ne doit pas être sacrifiée au nom de la dépendance financière.
En recevant du financement de la CSST et du patronat, l'organisme pourrait se voir voué à l'autocensure ou se retrouver en position de conflit d'intérêts, étant donné qu'ils sont les cibles des actions que le CTTAE met de l'avant. Ainsi, le Comité risquerait de ne plus rencontrer son mandat de revendication, ce qui lui ferait perdre l'essence de sa nature.
Depuis maintenant seize ans dans le domaine de santé-sécurité du travail, le mot d'ordre est " concertons-nous " et ce mot d'ordre semble s'étendre à tous les secteurs de la société maintenant. En matière d'accidents et de maladies du travail, seize ans de pratique démontrent manifestement que devant le gouvernement et la CSST, on retrouve deux forces opposées et inégales et que leur appui à l'une de ces deux forces est clair. Tant du côté du gouvernement que de celui de la CSST, on a décidé de protéger le patronat.
Des activités comme la concertation, la participation et la collaboration présupposent que l'on ait une base de discussion commune et un minimum d'objectifs communs. C'est pourquoi le CTTAE a toujours défendu le principe de refuser ce genre d'actions. Ces activités sont donc possibles avec nos pairs mais pas avec les gens ou organismes ayant des intérêts opposés aux nôtres.
Dans chaque association, les membres ont une communauté d'objectifs. Malgré cela, ce n'est pas suffisant pour assurer une saine vie associative: il faut en plus une entente sur la façon d'atteindre ses objectifs. Au CTTAE, l'organisme a fait un choix clair dès sa fondation sur cette question: l'éducation populaire autonome.
L'éducation populaire autonome est une façon de faire. Cette approche vise à éduquer, à partir de chaque action concrète posée par les membres, autant dans leur dossier individuel que dans les activités en groupe. Elle veut amener les personnes à réfléchir et à prendre conscience de leurs capacités d'entreprendre des actions individuelles et collectives qu'elles posent dans le but d'améliorer leurs conditions de vie et de travail.
Ces actions entreprises doivent viser à court, moyen ou long terme, une transformation sociale, économique, culturelle et politique de notre société.
Faire de l'éducation populaire autonome, c'est aussi se soucier des moyens que l'on prend pour cheminer ensemble. C'est donc faire en sorte que les outils et les moyens concrets d'action soient à notre image en tant qu'individu-e-s et en tant que groupe.
C'est là la clef de la prise en charge par les victimes d'accidents et de maladies du travail de leurs conditions de vie et de travail. C'est ce que favorise le CTTAE par le biais de ses différentes activités.
En tant qu'organisation populaire, qui regroupe des victimes d'accidents et de maladies du travail, ayant pour objectifs de défendre les droits et les intérêts de ces dernières, il n'est que logique que ces personnes détiennent le contrôle démocratique des mécanismes de prise de décision. En effet, ceci nous assure que l'association fonctionne selon la volonté de ceux et celles pour lesquel-le-s elle a été mise sur pied. Il faut également que les victimes de lésions professionnelles soient majoritairement représentées dans toutes les structures décisionnelles de l'association.
Sur l'ensemble des membres, 85% ont été victime d'une lésion professionnelle et dix des onze membres du conseil d'administration sont accidenté-e-s du travail. Les mêmes proportions existent au sein des 4 sous-comité de l'organisme.
Avoir des membres ne sert à rien en soi; l'important, c'est qu'il y ait des moments où ces membres peuvent échanger et confronter les différentes idées qui donneront les orientations de l'association suite aux prises de décisions. L'important c'est que les membres aient un lieu privilégié pour tracer lesdites orientations; c'est ce que constitue l'assemblée générale au CTTAE.
Bien qu'il arrive qu'elle siège plus d'une fois par année, la tenue d'une assemblée générale annuelle est un minimum.
Le Conseil d'administration est la structure démocratique chargée d'atteindre les buts de l'association selon les orientations données lors de l'assemblée générale. Il est responsable d'en gérer les affaires dans l'intérêt et selon la volonté des membres de l'association. C'est la raison pour laquelle il revient aux membres d'élire les administrateurs et administratrices.
De plus, il n'est que normal que les administrateurs et administratrices de l'association soient membres de celle ci. En effet, l'assemblée générale doit élire un Conseil d'administration composé de membres qui ont un intérêt pour l'association, donc des gens qui y sont impliqués. Il est donc important de ne pas parachuter des personnes extérieures à l'association sur le Conseil d'administration de cette dernière. Au CTTAE, il n'est donc pas possible de détenir des " sièges d'office " pour des organisations extérieures.
Une association est forte dans la mesure où ses membres sont actifs et participent régulièrement et de façon soutenue à ses activités et à sa vie démocratique. Que ce soit dans des structures démocratiques, dans des comités de travail ou lors d'activités ponctuelles, il faut que les membres de l'association aient la possibilité de réaliser qu'elle leur appartient.
De plus, si nous voulons un jour atteindre une véritable prise en charge individuelle et collective, par les victimes d'accidents et de maladies du travail, de leurs conditions de vie et de travail, il faut qu'elles possèdent des lieux pour y arriver. Une association comme le CTTAE doit constituer un lieu privilégié d'apprentissage à la prise en charge et à la vie démocratique.
Cette prise en charge peut se manifester de différentes façons au CTTAE. En voici des exemples:
- service téléphonique qui permet à une quinzaine de membres d'informer les travailleurs et les travailleuses sur les notions de bases en matière d'accidents du travail;
- équipe d'accompagnement formée d'une dizaine de membres qui offrent du support aux accidenté-e-s qui doivent aller rencontrer le médecin de la compagnie ou celui de la CSST, ou encore qui doivent rendre visite à leur agent-e à la CSST;
- comité-femmes qui travaille sur les questions des conditions de travail spécifiques aux femmes;
- comité-financement qui est chargé d'organiser des activités permettant la survie financière du CTTAE;
- comité-journal qui conçoit et produit le bulletin d'information du CTTAE " L'accidenté ";
- comité-accueil qui voit à chaque semaine à intégrer les nouveaux membres et qui organise des rencontres d'information à leur intention;
- comité-mobilisation qui planifie et prépare les actions du CTTAE;
- groupe de soutien qui vise à supporter les accidenté-e-s qui sont aux prises avec des problèmes psychologiques suites à l'accident;
- les " commandos " qui distribuent des dépliants d'information aux portes d'usines non-syndiquées.
Ce court portrait de l'organisme est nécessairement très incomplet. Il permet cependant de comprendre pourquoi, avec si peu de ressources financières, le CTTAE un acteur important sur la scène des accidents et des maladies du travail au Québec.
Il permet aussi de comprendre pourquoi le Comité n'est pas qu'un organisme de service mais plutôt un groupe ayant comme mission principale l'éducation de ses membres et la défense de leurs intérêts collectifs.