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Pierre Picher, l'ancêtre de tous les
Picher,
de la majorité des Piché, de certaines familles Dupré, Délisle et
Lamusette,
est originaire de Faye-la-Vineuse, aujourd'hui petite bourgade de 600
habitants. «Faye-la-Vineuse, commune du canton de Richelieu,
arrondissement de
Chinon, est située à 65 km de Tours, à 29 km de Chinon et à 8 km de
Richelieu.
Bornée au nord, par la commune de Razines; à l'ouest, par celle de
Braye; à
l'est, par Jaulnay et par Saint-Christophe, au sud, par Sérigny, elle
est
arrosée par le ruisseau de la Fontaine-d'Auzon et est traversée par le
chemin
qui relie Poitiers à Richelieu.
Les lieux , hameaux et villages
suivants
dépendaient de cette commune: Marnay , les Bruères, Chantereine, La
Grillère,
La Goutière, les grand et petit Martigny, La tour-de-Brou, les
Genièvres, la
Duranderie, la Sellerie, la Jeunesse, la Grenouille, etc.
Avant la révolution, Faye-la-Vineuse
était du
ressort Richelieu, dépendait du diocèse de Poitiers et était le
chef-lieu d'un
archiprêtré comprenant 28 paroisses: Mondion, Chaveignes, Dercé,
Sossay, Ceaux,
Jaulnay, Bretegon, Princé, Neuil-sur-Faye, Orches, Saint-Christophe,
Courcoué,
Nancré, Marnay, Faire, Saint-Jouin, Braslou, Faye, Avrigny,
Saint-Germain
d'Avrigny, St-Martin -de-Quenlieu, Le Sablon, Razines, Braye-sur-Faye,
Assay,
Pouant, Sérigny et Savigny.
Faye-la-Vineuse est un des bourgs de
Touraine
les plus anciennement connus. On le trouve mentionné pour la première
fois,
dans une charte de Robert, archevêque de Tours, en 925. Situé sur une
éminence
et dominant de toutes parts le pays, il devait, par sa situation
extrêmement
favorable à l'établissement de constructions militaires, attirer
l'attention du
fameux Foulques Nerra, surnommé le Grand Bâtisseur, qui avait entrepris
de
couvrir de châteaux les régions placées sous sa dépendance. Vers 1020,
Foulques
l'entoura de travaux de défense et en fit une redoutable forteresse
destinée à
arrêter, de ce côté, les invasions du Poitou. Les murailles d'enceinte
étaient
protégées par quatre tours, qui existaient encore au commencement du
XVIe
siècle. On entrait dans la ville par quatre portes garnies de
pont-lévis.
Malheureusement, les guerres de religion firent disparaître toutes ces
constructions, à l'exception d'une tour, appelée la Tour-Ménagé, qui
fut
démolie en 1786.
En 1562, les protestants s'emparèrent
de la
ville et la livrèrent au pillage. Ceux-ci emportèrent tout ce qu'ils
purent
trouver dans la collégiale, notamment, un morceau de la vraie Croix,
enchâssé
dans une croix de vermeil, et une châsse en or, contenant une dent de
Saint-Georges. Dans les derniers jours de janvier 1593, Faye-la-Vineuse
fut de
nouveau envahie par un corps de troupes de 1200 hommes commandés par
les
capitaines de Coulanges, Landreau, Chesne-Brulé, la Fontaine, de
Gaucourt et la
Forest. Une soldatesque effrénée s'abandonna aux derniers excès. Les
femmes
furent violées; on fit main- basse sur tout le numéraire et
l'argenterie que
possédaient les habitants et les églises, et on jeta dans les flammes
tous les
titres de propriété. Les ornements des églises de Faye et de
Saint-Jouin, que
l'on avait cachés dans la maison d'un gentilhomme nommé Antoine Guenand
de la
Rouzière, furent découverts et brûlés. D'un autre côté, les chefs de
cette
horde de bandits rançonnèrent la ville et exigèrent le versement
immédiat de
950 écus. Pour assurer le paiement de cette somme, ils prirent deux
otages,
nommés Louis Pins et Louis Mars. Une dame du pays, Bricette Champeigné,
consentit à prêter aux habitants les 950 écus, qui furent versés au
capitaine
Le Coube, logé à Faye, à l'hôtel du Chapeau-Rouge. Les troupes
abandonnèrent
ensuite cette malheureuse localité réduite à une profonde misère et
plongée
dans un deuil affreux.»
grâce à
son église actuelle dont la construction originale remonte au XIIe
siècle. Ce
temple paroissial, placé sous le vocable de Saint-Georges, était celui
d'une ancienne
collégiale fondée par Nivès, dame de Faye, vers 1039. L'édifice,
commencé par
cette dame, fut achevé en 1057, par son mari et son fils, portant tous
deux le
nom Aimery. Ce dernier fut remplacé, au commencement du XIIe siècle,
par celui
que nous pouvons encore admirer et qui est un des plus remarquables de
la
Touraine.»(1)
Voici ce que M. l'abbé Bourassé nous
dit à
son sujet dans les Mémoires de la société archéologique de Touraine.,
tome III,
p.174.
« Le choeur est la partie privilégiée de cette église. Il est entouré de dix piliers carrés, cantonnés de quatre colonnes. Les arcades de communication, les arcs de triforium et les fenêtres supérieures sont à plein cintre; l'ogive ne se montre que dans les arcs-doubleaux. Rien n'est plus noble que la disposition de l'abside; les lignes architecturales y sont fort nombreuses et employées habilement; l'ensemble produit un bel effet.»
En entrant du transept droit dans le
déambulatoire, on trouve sur la gauche une arche donnant accès dans un
petit
réduit large à peine de deux mètres carrés. Cette espèce d'oratoire est
muni
d'une cheminée. C'est là que les chanoines avaient la pieuse coutume de
veiller, durant la nuit, les corps de leurs confrères défunts, avant de
les
descendre dans le caveau sépulcral. C'était le lieu destiné à cette
veille
funèbre, et la petite cheminée leur permettait de se réchauffer durant
les
froides nuits d'hiver.
Au -dessous de l'église se trouve une
crypte
dédiée à Ste Marie-Madeleine. Elle est divisée en trois nefs qui
aboutissent à
trois chapelles.
(1) Dictionnaire
d'Indre-et-Loire, Carré
de Busserolle et Touraine archéologique, Ranjard
C'est donc là, dans une église
construite au
XIIe siècle et célèbre pour sa crypte, son beau clocher central et ses
chapiteaux historiés que Pierre Picher, fils de Pierre Picher et Anne
Piaut (
Piant) fut baptisé le 18 août 1632. Après avoir minutieusement
feuilleté à
travers les registres poussiéreux de la paroisse qui datent de 1621 et
qui sont
conservés à la mairie, deux autres membres de la famille Picher furent
découverts soit: Eustache, baptisé le 27 mars 1630 et François, baptisé
le 20
février 1643. Tous les noms des parrains et des marraines sont ceux de
familles
de Braye, Ceaux et Chantereine, paroisses situées dans un rayon de 10
km de
Faye-la-Vineuse. Il serait très intéressant d'orienter nos recherches
vers ces
bourgs et villages avoisinants et peut-être d'y découvrir, un jour, des
documents concernant les parents de notre ancêtre québécois. De plus,
grâce à
un document conservé aux archives nationales du Québec, nous savons que
Pierre
avait un autre frère nommé Louis . Jusqu'à maintenant, l'acte de
baptême de ce
dernier n'est pas retracé . Rien non plus, en ce qui concerne le
mariage des
parents de Pierre.
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Né à Faye-la-Vineuse le 18 août 1632,
fils de
Pierre et Anne Piant (Piaut), Pierre épousa, dans sa région natale, une
demoiselle Marie Lefebvre. Préférant s'acclimater à sa nouvelle terre
d'adoption avant d'y faire venir son épouse, c'est seul que Pierre
s'embarqua
sur un voilier à destination de Québec.
En 1662, Pierre Picher, 30 ans, vécut
chez
Gervais Buisson, dans la seigneurie de Sillery. Quoique chapelier de
métier, il
s'initia au travail de la terre, comme engagé. Ayant appris de son
frère Louis,
«garçon de Garde robe (sic) de Monseigneur le Duc d'Avignon», le décès
de son
épouse demeurée en France, Pierre se lia d'amitié avec Catherine
Durant, jeune
Fille du Roi, nouvellement débarquée en ce pays et l'épousa le 25
novembre
1665.
Le nouveau couple s'établit en la
seigneurie
Notre-Dame-des-Anges, sur une terre de quarante arpents que Pierre
avait
acquise du colon Jean Charpentier. En décembre 1666, le jeune
défricheur loua,
pour trois ans, la concession de Sieur Adrien Sédillot, habitant de la
côte
Saint-Michel en la seigneurie de Sillery. Un mois plus tard, il vendit
sa terre
de Charlesbourg et déménagea, en compagnie de sa femme et de leur
premier fils,
Jean-Baptiste, en la côte Saint-Michel. En 1668, un deuxième fils,
Adrien, vit
le jour chez les Picher.
Le bail terminé, et convaincu qu'il
serait
plus profitable de défricher, travailler et ensemencer sa terre plutôt
que
celle d'un autre, Pierre se rendit chez le notaire Becquet où il acheta
de
Laurent Lormier, au prix de cent cinquante-cinq livres tournois, une
concession
de deux arpents de front sur quarante de profondeur. C'est sur cette
terre de
la seigneurie de Dombourg, aujourd'hui Neuville, que naquirent les six
autres
enfants du couple: Marie Madeleine, née en novembre 1670, Pierre, né en
octobre
1674, Catherine, née en décembre 1677, François, né en octobre 1681,
Ignace-Joseph, né en octobre 1685 et Louis, né en septembre 1691.
L'année 1671 réserva à la famille
Picher une
très mauvaise surprise. En effet, Pierre apprit d'un compatriote venu
de France
que Marie Lefebvre, sa première épouse qu'il croyait décédée, était bel
et bien
vivante. Imaginons la stupéfaction de Pierre et de Catherine! Que
faire? C'est
alors que Pierre décida de consulter nul autre que Mgr Laval. Ce
dernier, étant
sur le point de partir pour la mère-patrie, promit de s'en informer et
de lui
en donner nouvelle.
A son retour, l'évêque de Québec
confirma à
Pierre l'incroyable nouvelle. Sur conseil de Mgr l'évêque, Pierre passa
en
France afin d'aller chercher la dite Lefebvre, mais heureusement pour
lui,
malheureusement pour elle, elle ne put souffrir le long périple de la
traversée
en mer et décéda au cours du voyage.
Le problème réglé, notre valeureux
colon et
sa famille continuèrent de défricher leur concession jusqu'au mois de
décembre
de l'année 1700, année où le couple Picher-Durant vendit sa concession
à Joseph
Riverin. Pierre, qui était âgé de 68 ans, avait sûrement l'intention de
prendre
une retraite bien méritée et de finir ses jours chez l'un de ses quatre
enfants
déjà établis dans la région! Eh bien! non, car le 24 novembre 1701,
Pierre et
sa fidèle compagne achetèrent, en présence du notaire Adhémar de
Montréal, la
terre et l'habitation de Joseph Charbonneau sises et situées au
deuxième rang
de la seigneurie de Boucherville. François, Ignace-Joseph et Louis
accompagnèrent leurs parents. Malheureusement, une autre épreuve
accabla la
famille Picher puisque François se noya dans les eaux du fleuve
Saint-Laurent
en juillet de l'année 1706.
Finalement, en 1708, malgré leurs
efforts et
leurs désirs de vouloir travailler à subvenir à leurs besoins, Pierre
et
Catherine se rendirent à l'évidence: ils étaient trop âgés et ne
pouvaient plus
vaguer à leurs occupations quotidiennes. Ils ne subsistaient que par le
travail
de leurs enfants. D'un commun accord, ils «se donnèrent» à
Ignace-Joseph et à
Louis qui venaient d'acquérir une terre en la seigneurie de
Saint-Sulpice. En
retour, ces derniers s'engagèrent à entretenir leurs père et mère
jusqu'à leur
mort.
L'ancêtre Pierre Picher décéda en
1713 et fut
inhumé à Saint-Sulpice. Catherine Durant eut le bonheur de vivre
jusqu'en 1732.
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Son développement en Amérique du
Nord
Comme beaucoup de ses compatriotes,
Pierre
décida de s'initier au travail de la terre et on le retrouve comme
apprenti
colon travaillant pour un certain Gervais Buisson. En 1663, notre
ancêtre fit
parler de lui dans un jugement rendu contre lui par le Conseil
Souverain de la
Nouvelle-France. Voici le jugement tel que l'on aurait pu l'entendre ce
jour du
28 novembre 1663:
«Sur la requête présentée par Gervais Buisson tendante à remontrer que le nommé Pierre Picher, son serviteur domestique depuis quelque temps est toujours en débauche sans se mettre en peine de son service, et que cette débauche est suscitée par les nommés Sancoucy et Montaure pourquoi il requiert que défences leur fussent faites de récidive sous les peines qui seront jugées. Ouy sur ce le procureur general du Roy Le Conseil faisant droit sur la dite requête a condamné et condamne le dit Pierre Picher à dix livres d'amende pour s'estre yuré, et pourréparation du temps qu'il a manqué au service de son Maître a payer la somme de quatre livres pour chaque journée perdue, et si nous l'avons condamné aux dépens.»
Cet incident de la vie de Pierre
Picher nous
révèle sans aucun doute un trait de sa personnalité et de là vient
peut-être le
surnom qu'il conservera sa vie durant, à savoir celui de Pierre Picher
dit
Lamuzette. Il ne semble pas que Pierre ait travaillé très longtemps
pour
Gervais Buisson puisqu'un autre jugement, en date du 21 juin 1664, nous
indique
que Pierre, oeuvrant pour Hubert Simon dit Lapointe de la côte
St-Michel, en la
seigneurie de Sillery, dut être hospitalisé et soigné par le chirurgien
Jean
Madry qui réclame son dû devant le Conseil.
C'est en l'an 1665, comme le témoigne
un
contrat passé devant le notaire Claude Auber, en date du 8 septembre,
que la
vie active de Pierre Picher, comme colon et défricheur autonome en
Nouvelle-France, débute.
En effet, il vend ce jour là, à
Pierre
Mortuel une concession et habitation sise en la seigneurie de Lirec sur
l'île d'Orléans.
Ce fief, comme le démontre la carte, recouvre aujourd'hui les paroisses
de
Ste-Famille et de St-Pierre. Cette terre de deux arpents de front
joignant d'un
bout le fleuve St-Laurent et de l'autre bout la ligne qui sépare par le
milieu
l'île; tenant d’un côté à la terre de Jean Guion Sr du Buisson et de
l'autre
côté à la terre de Sr André Rapin, chirurgien. cf. (Léon Roy, Les
terres de
l'île d'Orléans., 1650-1725 éditions Bergeron et fils, 1978.)
Pierre avait fait
l'acquisition de cette terre le 20 février de la même année. ( Ce
contrat est
malheureusement perdu ou égaré) Sa concession vendue, notre pionnier ne
tarda
pas à s'en procurer une autre. Le 15 novembre 1665, ce dernier achète
de Jean
Charpentier et Barbe Legnault, sa femme, une concession de 40 arpents
de terre
et bois sise et située en la seigneurie Notre-Dame-des-Anges au village
de
Charlesbourg coincé comme s'ensuit: d'un bout qui touche le dit village
de
Charlesgourg, de l'autre bout aux terres non concédées; d'un côté,
joignant la
concession de Jacques Galarneau et de l'autre côté, la concession de
Philippe
Matou dit Labrie.
Cette vente fut faite moyennant la
somme de
trente livres tournois que le dit Picher a payé comptant.
Le même mois, soit le 23 novembre,
Pierre se
rend chez le notaire royal, Michel Filion afin de lui faire rédiger les
conventions de mariage qui l'uniront à une jeune fille du roi
nouvellement
arrivée en Nouvelle-France. Originaire de la paroisse de St-Eustache de
Paris,
Catherine Durant, fille de Pierre Durant et de Jacquette Barrois, était
agée de
16 ans.
Copyright © et
page réalisée par Denis G. Dupré