EXTRAITS DE:

DE L'ASILE À LA SANTÉ MENTALE
Les soins psychiatriques: Histoire et Institutions

Écrit par Françoise Boudreau en 1984 avec la collaboration de M. Claude Castonguay, Denis Lazure, Arthur Amyot, Jacques Mackay, Marcel Lemieux, Marcel Hudon, et Dominique Bédard.

Imprimé par ÉDITIONS SAINT-MARTIN


Le clergé jouait un rôle important dans l'identification et le traitement de la folie dans le temps de Marie de l'Incarnation (1599-1672). Les évêques demandaient aux Jésuites d'exorciser les malades. Trois genres de diagnostiques étaient possibles à cette époque-là: possession du diable, punition du bon dieu, et maladie naturelle.

Extrait de "Histoire du Québec contemporain - De la Confédération à la crise (1867-1929)": il faudra attendre la visite d'un célèbre aliéniste britannique, vers 1885, pour qu'on mette un terme, dans les asiles, à des pratiques qui remontaient à plusieurs siècles, comme celle d'enchaîner les malades en tout temps. [p. 204]

Pour le clergé, cette défaite [l'échec de la Rébellion de 1837] se change en victoire. Elle rend possible la mainmise du clergé sur la société canadienne-francaise. Elle lui permet de neutraliser son ennemi, (la petite bourgeoisie radicale et anti-cléricale) de s'assurer la collaboration des éléments modérés et d'imposer leur système de valeurs rétrogrades dont les thèmes dominants seront l'agriculturisme, le messianisme et l'anti-étatisme. L'idéologie dominante allait désormais refléter la vision du monde du clergé, ses intérêts et les sources de son pouvoir: un siècle d'obscurantisme.

Les asiles du Québec sont rétrogrades. Ceux de l'Ontario font bien meilleure figure. Le gouvernement doit abolir le système des contrats et étatiser les asiles. La société médicale de Montréal et l'Union médicale endossent les recommandations du rapport et préconisent l'étatisation. Le clergé s'y oppose.

En 1894, y il a des asiles catholiques qui hébergent les malades et essaient de sauver leurs âmes par la prière, un esprit d'abnégation et un dévouement obscur autant qu'un apostolat caché, et il y a des asiles protestants qui sont orientés vers le traitement et la guérison selon les moyens les plus modernes de la médecine. Les Canadiens français voient la maladie comme faisant partie du destin, le signe absolu de la finalité de l'homme. Les Canadiens anglais voyaient la maladie comme un objet à combattre.

Entre 1894 et 1961, les congrégations religieuses étendent et solidifient leur monopole sur la presque totalité des asiles du Québec. Elles y répandent, par leur labeur journalier, un triste mélange de prétention à la médecine et de religion, d'autoritarisme et d'humanitarisme. De son côté, le système protestant développe un réseau d'institutions qui se veut à la fine pointe de la psychiatrie moderne.

La guérison était un luxe que les religieuses ne pouvaient se payer: les équipements et le personnel qualifié coûtaient cher, et chaque patient qui quittait l'hôpital, réduisait les subsides gouvernementaux.

À la fin des années 50, il y avait 2 groupes de médecins: les "traditionalistes", bourgeois partageant les idées du clergé, et les "modernistes", jeunes bourgeois psychiatres qui ont reçu leur formation aux États-Unis ou en France avec l'aide financière du fédéral. Les modernistes ne voulaient pas se soumettre au clergé. Les religieuses n'aiment pas que les modernistes endoctrinent les autres employés. Le docteur Camille Laurin endosse un livre écrit par un ex-interné qui dénonce les mauvais traitements dans les hôpitaux psychiatriques dirigés par les religieuses. Les médias s'en mêlent. Le public est informé, et il n'est plus apathique. En 1961, Gérard Pelletier écrit dans la Presse "Il est temps d'avoir honte".


"Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre."

Georges Santayana