Auteur: Andrée Dufour (prof d'histoire)
Publié par Éditions du Boréal en 1997
Le haut clergé catholique, l'évêque Lartigue en tête, interdit la mixité en classe sous peine de refus de sacrements. Une paroisse ou un canton qui ne peut s'offrir qu'une classe choisit de préférence de l'ouvrir aux garçons. On considère à l'époque que l'éducation des filles, domestique et religieuse essentiellement, doit se faire à la maison, par la mère surtout.
Les filles se trouvent donc défavorisées sur le plan de la scolarisation. [p. 27]
55.4% des enfants anglophones sont inscrits à l'école en 1836, tandis que seulement 27.2% des jeunes francophones le sont. [p. 28]
En 1891, 30% des Québécois sont illétrés, alors que seulement 7%
des Ontariens le sont.
Les élites laïques et religieuses sont, en effet, généralement opposées à l'instruction poussée des enfants de classes populaires [les pauvres], par crainte de voir changer l'ordre social. Les classes laborieuses, soutient-on dans le journal clérical Mélanges religieux, doivent garder les places et les rôles que la naissance leur a attribués: [...] Il faut se garder d'élever l'enfant pour une autre condition que celle dans laquelle il est appelé à vivre. [p. 55]
60 écoles de fabrique sont créées de 1824 à 1830, mais l'instruction de la population n'est pas une priorité pour le clergé catholique. Certains curés de campagne apparaissent davantage préoccupés par la décoration de leurs églises, d'autres craignent de mettre la religion en péril par l'éducation des masses.
[En d'autres mots, "si tu es né dans la pauvreté, tu dois y rester". Le pauvrisme des élites de l'époque a empêché bon nombre de pauvres de s'en sortir. Aujourd'hui, pour garder les pauvres "à leur place", le gouvernement ne leur donne pas assez d'aide pour qu'ils puissent rester en santé et faire de la recherche d'emploi]
L'enseignement classique et l'université est pratiquement réservé aux garçons des classes supérieures.
En 1902 un groupe réformiste, constitué d'échevins, de membres de professions libérales, de journalistes et de quelques enseignants, fonde La ligue de l'enseignement. La Ligue réclame l'instruction obligatoire associée à la gratuité scolaire. Elle est accusée par l'Église, en particulier par Mgr Bruchési, d'être une organisation franc-maçonnique et de vouloir, à l'exemple des anticléricaux français, promouvoir l'école laïque, gratuite et obligatoire. Et l'Église d'agiter le spectre de la laïcisation du
système scolaire qui s'est ainsi produite en France. [p. 57]
Quand arrive la fin des années 1950, le système scolaire protestant, essentiellement public, est toujours plus uniforme et plus accessible que le système catholique. [p. 74]
La persistance scolaire est nettement plus élevée dans les écoles
protestantes où 80% des élèves entreprennent leur 8e année et 7%
leur 12e année. Un meilleur financement des commissions scolaires, obtenu par un impôt foncier plus élevés, une plus grande sensibilité à la nécessité de l'instruction et des perspectives supérieures de carrières commerciales et industrielles expliquent l'écart qui, apparu au 19e siècle, se maintient au 20e siècle entre les deux communautés.
Après la guerre [2e mondiale], l'État québécois augmente
fortement lui aussi ses subventions et ses crédits accordés à la
construction de nouveaux édifices. Mais les universités québécoises continuent généralement d'être sous-financées et sous-équipées. Cela s'explique notamment par le refus, de la part du premier ministre Duplessis, des subventions fédérales aux institutions postsecondaires que recommande en 1951 la commission royale d'enquête Massey-Lévesque. Pour fonder ce refus, Duplessis prétexte l'ingérence du gouvernement fédéral dans un champ de compétence provinciale.
En 1960, 2% des jeunes entre 20 et 24 ans fréquentent à plein temps les universités québécoises: 4% chez les francophones, et 11% chez les anglophones. [p. 84]
En 1982, le Québec produit 347 diplômés de 1er cycle pour 100,000
habitants, contre 467 en Ontario.Au milieu des années 1910, seulement 4% des écoliers catholiques sont inscrits en 5e année, et à peine 1% en 7e. Certains patrons sont opposés à l'obligation scolaire qui pourrait tarir une source de main-d'oeuvre économique.