Auteur: Marcel Lajeunesse
Publié en 1971 par Les Éditions du Boréal Express
En 1840-41, la "réaction catholique" s'amorça par des croisades populaires et par la venue de congrégations religieuses françaises.
Les hommes désertent l'enseignement non seulement parce que cette profession est encore méprisée mais aussi à cause de la concurrence des femmes et des religieux qui se contentent de salaires à bon marché.
L'Église a intérêt durant le dernier quart du 19e siècle à voir s'affaiblir l'instituteur laïque. Elle le combat directement en donnant à l'école primaire des religieux qui peuvent se contenter de bas salaires [les religieux sont soutenus par leurs communautés; ils n'ont pas de famille à faire vivre et moins de taxes à payer que les laïques; ils profitent du bénévolat
et des dons, etc]. Indirectement, elle favorise la féminisation du personnel enseignant. Les jeunes filles sont plus maniables. Leur incompétence même est un gage de tranquillité.
En 1897, le chef libéral, F.-G. Marchand, dépose un projet de loi qui aurait exigé un brevet d'enseignement des clercs comme des laïcs, mais l'opposition du clergé l'empêche de réaliser son projet.
En 1801, l'État tente de mettre sur pied l'enseignement primaire. Les anglophones n'avaient pas besoin d'être convertis à la cause de l'enseignement primaire, mais il n'en était pas ainsi du coté canadien-français, où une crainte invétérée des impôts, une forte prévention à l'endroit de tout ce qui était étatique, l'incompréhension du peuple et les privilèges traditionnels de l'Église étaient des obstacles majeurs à la réussite d'un tel projet.
Au 19e siècle beaucoup de curés et de laïcs voyaient dans l'instruction du peuple un danger pour sa foi et pour ses moeurs. C'est pourquoi les écoles primaires déjà établies donnaient souvent des résultats aussi peu convaincants: parce qu'elles se limitaient presqu'exclusivement, en beaucoup de cas, au seul
enseignement du petit catéchisme et des prétextes moraux.
En 1845-46, une opposition ouverte [le guerre des éteignoirs] se forma contre le financement des écoles et s'étendit à l'éducation
en général. Cette opposition, dirigée par des démagogues
et des politiciens déçus, était alimentée par l'ignorance de la
population et sa crainte des taxes, dans une conjoncture économique défavorable.
L'inspecteur des écoles catholiques, C.-J. Magnan, était contre l'instruction obligatoire. On peut résumer son argumentation en ces quelques mots: "L'Histoire nous l'apprend, l'instruction obligatoire, puis l'école obligatoire ont été inventées dans des loges maçonniques et sont devenues aux mains des ennemis des
traditions catholiques de la France des armes perfides et puissantes". De là à conclure: "Il en sera de même dans la province de Québec"...
L'instruction gratuite et obligatoire fut présente dans les débats scolaires des années 1880 jusqu'à 1943. Au recensement de 1891, le Québec comptait 29.6% d'illetrrés chez les 20 ans et plus (contre 7% en Ontario) et 17.2% chez les 10-19 ans (contre 4.7% en Ontario).
La victoire de l'Église est fort tardive. L'arrivée massive des religieux chassés de France au début du 20e siècle [1905: séparation de l'État et des Églises] va la rendre complète.
Après la rébellion de 1837-38, le clergé catholique veut remplacer les instituteurs laïques par des religieux.
CLÉRICALISATION DU PERSONNEL ENSEIGNANT AU PRIMAIRE: [p. 63,70,74]
personnel religieux personnel laïque
1836 04.00% 96.00%
1874 22.00% 78.00%
1888 47.49% 52.51%
1900 43.65% 57.00%
FÉMINISATION DU PERSONNEL ENSEIGNANT: [p. 69,72,74]
personnel masculin personnel féminin
1854 36.52% 63.48%
1874 18.68% 81.32%
1876 19.37% 80.63%
1888 16.48% 83.52%
1892 19.42% 80.58%
1900 20.19% 79.81%
Avant 1856, les enseignants laïques masculins sont les seuls à devoir passer un examen de capacité pour avoir le droit d'enseigner. Les religieux et religieuses, ainsi que les femmes laïques en sont dispensés. Dès 1857, les femmes laïques aussi doivent obtenir ce diplôme. En 1857, 59% du personnel enseignant est diplômé. Ce n'est qu'en 1939, que tous les enseignants, incluant les religieux, seront tenus de détenir un diplôme d'école normale pour avoir le droit d'enseigner.