Auteur: Daniel Baril
Publié en 1995
Dans les années 1850, le clergé ultramontain favorise une lutte
réactionnaire, appelée la "guerre des éteignoirs", contre la loi sur les taxes scolaires servant à soutenir les écoles publiques qu'il jugeait inutiles. "L'ignorance est de beaucoup préférable à l'enseignement qui n'a point pour fondement la connaissance de Dieu", soutiennent alors les ultramontains.
En 1875, les évêques convainquent le premier ministre Boucher de
Boucherville d'abolir le ministère de l'Instruction publique créé
en 1867. En récompense pour ce bon conseil, tous les évêques du
Québec sont nommés membres d'office du Comité catholique qui peut
alors agir à sa guise. Pendant près d'un siècle, l'obscurantisme
de leurs valeurs rurales, opposées au développement intellectuel et économique, va bloquer l'ascension sociale et économique des francophones catholiques.
Jusqu'au milieu des années 1900, l'Église s'oppose avec succès
à l'école obligatoire et gratuite.
Toutes ces entraves au développement intellectuel et économique vont porter fruit. En 1891, le recensement fédéral indique que le plus haut taux d'illettrés se trouve chez les Canadiens français. En 1901, alors que l'école anglo-protestante implante une 11e année, l'école francophone n'offre en théorie qu'une 8e année; en pratique, elle ne dépasse guère la 6e année. En 1929, les collèges classiques catholiques accueillent 11,000 élèves,
comparativement à 18,000 pour les high schools protestants de minorité anglaise.
Si les francophones ont survécu, ce n'est certes pas grâce à cette Église, mais malgré elle et son obscurantisme. Elle est directement responsable de notre retard sur le plan économique, et il a fallu attendre le vent de laïcisation de la Révolution tranquille pour que débute le rattrapage de ce retard.
À défaut d'avoir une école laïque, le gouvernement du Québec doit consacrer chaque année environ un demi-milliard de dollars à l'endoctrinement religieux.
Le parti politique Les patriotes et son aile armée réclamaient
l'indépendance du Bas-Canada, l'autonomie du peuple, la séparation de l'Église et de l'État, la liberté de conscience et de religion, l'instauration d'un système d'enseignement public et laïque. L'Église catholique a lutté de toutes ses forces contre ce mouvement politique. La condamnation par l'Église des soulèvements populaires de 1837 et de 1838 au profit de la
soumission au conquérant britannique a sonné la défaite militaire
et politique des Patriotes.