Auteur: Conrad Black
Publié en 1977
William Tremblay remplaça les secours directs par des travaux publics pour occuper les chômeurs. Il a embauché 10,000 hommes pour construire le Jardin botanique dont rêvait le Frère Marie-Victorin. Tremblay supprima les secours à ceux qui recevaient déjà de l'aide sous une forme ou une autre comme c'était le cas
pour les vieillards. Quant aux filles-mères et aux couples en concubinage, il invoqua ses principes religieux [catholique] pour leur enlever les secours.
6,000,000$ avaient été dépensés pour un jardin botanique
à Montréal, le parc du Mont-Royal et l'île Sainte-Hélène.
Ces dépenses avaient ébranlé le budget de la province.
TÉLESPHORE-DAMIEN BOUCHARD 1944
Le sénateur Télesphore-Damien Bouchard devint en effet le premier
président de l'Hydro-Québec.
En 1944, T.D. Bouchard prononçait son premier discours en tant que sénateur. Son discours fut sans conteste le plus marquant de sa carrière et le plus controversé dans l'histoire de la Chambre haute du gouvernement fédéral. Il appuyait manifestement la motion présentée par son vieux collègue Louis-Athanase David, qui demandait l'uniformisation des manuels scolaires d'histoire canadienne. Mais en fait, son discours était le résumé de toutes ses opinions libres et libérales, anticléricales et anti-isolationnistes. Il raconta: "Ce ne fut qu'à la sortie du collège que j'appris que les canadiens d'origine britannique n'avaient pas tous le pied fourchu et des cornes sur la tête... Pourquoi alors, enfant, avais-je été porté à croire ces stupidités? ... Pourquoi m'avait-on enseigné que le canadien français souffrait d'injustices parce qu'il était de descendance française et professait la religion catholique?"
Bouchard lut ensuite sur un ton sarcastique des extraits tirés du manuel d'histoire de langue française utilisé au Québec. On y parlait d'exploits contradictoires et fictifs destinés à glorifier l'Église catholique et à blâmer maladroitement les Anglais pour enfin finir par admettre, à regret, que le
gouvernement britannique avait été comparativement généreux.
Bouchard: "... ceux qui ont enseigné notre histoire du Canada, dans le but de nous diviser sur les questions de race et de religion ont, jusqu'à aujourd'hui, atteint leurs fins et
compromis la paix à l'intérieur du pays. -- Nous devons mettre fin à une propagande insidieuse et subversive que l'état de guerre a intensifié depuis 4 ans; car cette propagande pourrait bien aboutir, si nous lui permettions de s'exercer librement et
impunément, à des émeutes [crise d'octobre] et, peut-on jamais prévoir, à la guerre civile... La fausse philosophie dont on a imprégné l'esprit des canadiens français par le truchement d'un enseignement
tendancieux de notre histoire, a induit nombre d'entre nous à désirer une forme indépendante de gouvernement. Changer la structure d'un gouvernement n'est pas une tâche facile; aussi nos séparatistes ont-ils fait appel à tout ce qui pouvait convaincre les masses: religion, race, cupidité. Le nouvel État selon ces
visionnaires, ces utopistes, serait catholique, français, et corporatiste... L'histoire nous enseigne que la plupart des révolutions ont eu leur origine dans des sociétés secrètes. Bien que nombreuses prédictions furent faites contre les sociétés secrètes, l'Ordre de Jacques-Cartier fit fondé vers 1928 avec l'approbation du clergé catholique canadien-français."
Bouchard donna les grandes lignes d'un complot sinistre digne des accusateurs de Sir Basil Zaharoff ou des créateurs des Protocols de Zion. L'Ordre de Jacques-Cartier avait exploité le sectarisme économique, l'étroitesse d'esprit, l'antisémitisme, l'ignorance et les préjugés religieux d'un mouvement qui tendait à nous ramener à l'état économique et social du Moyen-Âge. Il l'accusa d'avoir influencé tous les soi-disant groupes patriotiques et ne se priva pas de donner, en passant, un coup de pied à Duplessis.
Bouchard: "C'est grâce à ces influences occultes que l'Union nationale réussit à s'emparer du pouvoir en 1936 pour nous affliger du gouvernement le plus pauvre et le plus tyrannique que nous ayons connu dans l'histoire de notre province; aussi fut-il
renversé 3 années plus tard, le peuple s'étant rendu compte que la campagne de diffamation contre le parti libéral n'avait eu d'autre objet que de tuer l'esprit démocratique de notre population."
Bouchard cita le Chargé d'affaires de la Délégation apostolique, Mgr Mozzoni, qui avait souhaité en 1938 "un État intégralement catholique, parce que seul un tel pays représente l'idéal du progrès humain, et parce qu'un peuple catholique a le droit et le devoir de s'organiser socialement et politiquement selon les
enseignements de sa foi." Il mettait sur le même pied ce mouvement, ses parrains ecclésiastiques et son "rejeton", l'Union nationale. Il accusa l'Union nationale d'avoir diminué l'enseignement de l'anglais dans les écoles.
Bouchard lut des extraits de brochures secrètes et unilingues qu'avait fait paraître le journal de l'Ordre de Jacques-Cartier, "l'Émerillon", en 1937, et qui professaient des opinions anglophobes, antisémites et séparatistes. Il n'épargna pas non plus les Jeunes Laurentiens, filiale de jeunesse de l'Ordre Jacques-Cartier. Il lut le message de leur président: "... une révolution qui sera la nôtre pour les intérêts du peuple canadien-français. Et cette révolution que nous voulons sera pratique, efficace, calme et bonne, parce qu'elle réclame des hommes purs, fondamentalement catholiques et français. C'est la révolution de l'Espagne libérée, du Portugal organisé, de la France de Pétain."
Bouchard déclara que le vieux Parti conservateur du Québec était
dominé par des fascistes déguisés. Il affirma: Les déclarations
contre la guerre, la démocratie et le libéralisme n'ont pas encore réussi, cependant, à renverser le parti libéral de Québec, dénonça le Bloc populaire, instrument politique bien connu de l'Ordre de Jacques-Cartier et sur ce point, il critiqua surtout André Laurendeau.
La réaction de Duplessis au discours de Bouchard: "Il serait inconcevable et intolérable que le gouvernement de la province de Québec garde à son emploi, particulièrement à un poste important, un homme public qui sciemment et malicieusement se rend coupable de semblables trahisons et d'aussi viles calomnies (selon
Duplessis, Bouchard était anti-canadiens en plus d'être anti-clérical). L'immense majorité de la population de la province réclame avec insistance la destitution immédiate de ce politicien inqualifiable." [il a sûrement gagné des points ici avec les francophones séparatistes et fanatiques]
Le soir même, Bouchard était destitué de la présidence de
l'Hydro-Québec, par arrêté ministériel. Après sa destitution il a dit "Mon congédiement confirme les déclarations que j'ai faites au Sénat... Ces circonstances démontrent la grande influence de l'Ordre de Jacques-Cartier." Il méprisait surtout l'abbé Groulx qu'il avait détesté publiquement pendant 25 ans et qu'il soupçonnait d'être à la tête de l'Ordre. Il a dit "Le cléricalisme est la corruption de la religion, comme le nationalisme est la corruption du patriotisme."
Pendant que le cardinal Villeneuve dénonçait Bouchard à Saint-Hyacinthe, le sénateur Bouchard à Ottawa faisait une autre déclaration à la presse: "... Jadis la masse des fanatiques demandait de jeter les chrétiens aux lions; aujourd'hui, dans la province de Québec, les rôles sont changés mais de forme
seulement: on ne nourrit plus les lions de la chair des réformateurs en religion, mais on fait périr de faim ceux qui demandent seulement qu'on leur laisse leur liberté d'opinion en simple matière politique..."
Il a dit que la victoire de l'Union nationale et du Bloc populaire serait un suicide national. "Les Canadiens d'origine française, je les aime beaucoup plus que ceux qui flattent et
exploitent leurs croyances religieuses pour mieux les dominer en politique." Il dit qu'il va reprendre sa plume, et continuer la lutte qu'il a commencée il y a 40 ans pour l'avancement intellectuel, économique et social des descendants des 2 grandes races qui peuplent le Canada.
T.D. Bouchard a été ministre de la Voirie, président de l'Union
des municipalités, gouverneur suprême de l'Institut démocratique
canadien, et maire de St-Hyacinthe. Il était libéral, et il a travaillé comme journaliste aussi.
Georges Santayana