EXTRAITS DE:

DUPLESSIS
Entre la Grande Noirceur et la société libérale

Sous la direction d'Alain-G. Gagnon et Michel Sarra-Bournet
Programme d'études sur le Québec de l'Université McGill
Publié en 1997


Jacques Beauchemin:

La raison de l'enlisement de la société québécoise, de son retard, c'est la survivance sous toutes ses formes de l'Église et de son discours. L'antidémocratisme et l'autoritarisme seraient le résultat de l'idéologie religieuse et traditionaliste.


Jacques Rouillard

Malgré les réticences des milieux ecclésiastiques, le gouvernement Taschereau réussit finalement en 1921 à faire voter une loi d'assistance publique qui marque l'entrée des pouvoirs publics dans le champ des services sociaux et de la santé.

Certaines des revendications des syndicats internationaux inquiètent le pouvoir clérical, notamment celles qui touchent l'instruction gratuite, la fréquentation scolaire obligatoire et la nationalisation des services publics. Pour ces raisons, ils se font accuser de faire mousser l'anticléricalisme et de propager le socialisme. Les grèves des syndicats internationaux sont aussi une source de préoccupations pour le clergé qui craint qu'elles ne se transforment en lutte de classes. L'image d'une Europe en proie à des conflits sociaux et où les masses urbaines se sont déchristianisées est constamment présente à la mémoire des clercs. C'est pourquoi ils entreprennent de former des syndicats catholiques dans plusieurs diocèses à partir de 1912. Cette stratégie s'insère dans un plan d'action plus vaste, l'action sociale catholique, destinée à maintenir les populations urbaines dans le giron de l'Église.

En 1941, Godbout a créé un ministère de la Santé et du Bien-Être sociale. En 1943, il crée une Commission de l'assurance-maladie avec pour mandat de préparer un plan pour mettre en place l'assurance-maladie. La Commission est démantelée aussitôt que Duplessis est revenu au pouvoir en 1944.

De 1944 à 1960, Duplessis refuse de se lancer dans de nouveaux programmes d'assistance sociale. Duplessis et l'Église étaient contre l'idée d'un État-providence. [Quand il s'agit d'obliger tous les payeurs de taxes à payer des millions annuellement pour la restauration des richesses matérielles de la secte catholique, on n'entend pas les curés s'en plaindre]

Idées propagées par l'Église depuis le 19e siècle: primauté des valeurs religieuses, exaltation de la famille, attachement à la tradition, lutte contre le communisme et le socialisme, respect de l'autorité de l'Église en éducation et en sécurité sociale, faible souci des libertés individuelles, méfiance envers le système démocratique, etc.


Michel Sarra-Bournet:

À l'occasion du discours d'ouverture du Congrès eucharistique de 1938, Duplessis a explicitement rejeté les principes de la Révolution Française (liberté, égalité, fraternité) et a refait sa profession de foi catholique. Il a réitéré sa préférence pour la charité, par opposition à la justice, et il a remis un anneau au cardinal Villeneuve. L'Église catholique était donc rassurée.


"Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre."

Georges Santayana