Auteurs: Jean Hamelin et Nicole Gagnon
Dirigé par Nive Voisine
Publié en 1984
L'Église possède des ressources humaines et financières autrement
plus grandes que celles de l'État provincial.
De fait, le Québec est une société cléricale, et
l'Église, une puissance politique. Dans ces conditions, il est normal que les
partis politiques désirent vivre en paix avec elle et cherchent à
conclure, sinon un traité d'alliance, du moins un pacte de non-agression.
À la différence d'un juvénat où d'une école
apostolique, le collège classique n'a pas pour fonction spécifique de fabriquer
des prêtres mais, plus généralement, d'éduquer l'élite de la
nation. Il est obligatoire pour ceux qu'attire la vie intellectuelle. Toute la future élite passe ainsi par les mains du clergé qui n'aura, le moment voulu, qu'à faire son choix. Il n'est pas nécessaire d'exercer de pression sur le garçon: toute l'éducation est orientée vers la formation d'un type d'homme
adapté à l'institution cléricale.
En 1927, des aumôniers syndicaux dénoncent l'attitude de la majorité du clergé qui soutient les patrons et n'accepte le syndicalisme catholique que par crainte des unions internationales.
En 1901, Mgr Bruchési interdit la crémation à "tous les enfants de l'Église" et avertit les législateurs que "ce prétendu respect de la liberté individuelle" mènerait tout droit au "communisme, au socialisme et la l'anarchie". [p. 175] Une tombe coûtait plus cher qu'une urne et nécessitait un plus gros lot au cimetière, donc un lot plus dispendieux pour la famille en deuil, et plus payant pour le curé.
L'Église fabrique les moules dans lesquels les sociétés coulent
leurs institutions. En cas de désaccord, le pouvoir civil doit se plier aux vues du pouvoir ecclésiastique.
Soucieux d'adapter le système scolaire aux besoins réels de la
société, Marchand voulait doter l'État d'un ministère de
l'Instruction publique. L'épiscopat s'y est opposé en 1897; Marchand s'essaie à nouveau en 1899. Wilfrid Laurier, le chef libéral à Ottawa, décide de préserver le statu quo afin de ne pas déplaire à l'épiscopat.
L'épiscopat est contre la fusion des commissions scolaires parce que ça diminuerait l'influence du clergé, et la fusion créerait une plus grosse administration qui ne serait pas aussi portée à donner la priorité aux frères et aux soeurs dans l'embauche des enseignants.
Discutée depuis 1875, la question de l'instruction obligatoire est reposée, en 1901, par le député de Shefford qui propose de rendre la fréquentation scolaire obligatoire 16 semaines par an à tous les enfants de 8 à 16 ans. L'idée est rejeté par le clergé. L'instruction obligatoire pour les protestants ne dérange pas le clergé mais pour les catholiques ça inquiète le clergé parce qu'ils ont observé que dans tous les
pays où l'instruction obligatoire est imposée, le ministère de
l'éducation a suivi a brève échéance, accompagné
de l'école neutre.
En 1912, T-D Bouchard continue à se battre pour l'instruction obligatoire.
Le clergé est contre l'éducation obligatoire parce que ça
mènera éventuellement à la gratuité de l'éducation.
Dès le XIXe siècle, les unions d'ouvriers doutaient de la capacité de l'Église de s'occuper bien des pauvres. Les unions demandent au gouvernement de donner des pensions de vieillesse, de l'assurance-accident, des allocations aux chômeurs, etc.
L'Église comme l'ensemble de la population redoute ces nouveautés: selon eux, la misère est un problème de charité plutôt que de justice et, partant, relève de l'Église. Pour les ultra-conservateurs traumatisés par les drames auxquels a donné lieu en Europe la séparation de l'Église et de l'État, les formes étatiques de sécurité sociale sont une machination maçonnique pour détruire l'Église.
En 1931, 40% des dépenses des institutions sont assumées par l'État. L'État donne de l'argent seulement pour les indigents en institution (psychiatrisés), et les inaptes au travail.
En 1927, l'Église et le public sont contre l'établissement d'un
système de sécurité sociale étatique (pension de
vieillesse, allocations familiale, etc), dont les embryons s'observent ailleurs au Canada. En 1920, 5 provinces, autre que le Québec, avaient déjà un système d'allocation aux mères nécessiteuses.
Mgr Bruchési pouvait déclarer calmement en 1903: "Ce que Dieu a
décrété, ce que le Christ a maintenu, les hommes n'y changeront
pas un iota. Les créatures, jusqu'à la fin des temps, seront donc
partagées en deux grandes classes, la classe des riches et la classe des pauvres".
Dans les années 1920, des militants syndicaux remettent en question les principes de base qui régissaient jusque-là leur stratégie: inégalité naturelles des classes sociales.
Le mouvement féministe apparu au Québec à la fin du XIXe siècle,
via les anglophones de Montréal, en provenance de l'Ontario et des États-Unis. Quelques dames de la bonne société canadienne-française avaient adhéré à la section montréalaise du national Council of Women (1893); en 1907, elles fondent la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (F.N.S.J.B.), organisme regroupant toutes les associations féminines canadiennes-françaises et catholiques. Mgr Bruchési a baptisé le mouvement mais a interdit aux femmes de parler de l'émancipation de la femme pendant leurs
assemblées. Les Pères du Concile condamnent la tendance à
établir entre l'homme et la femme "une similitude de droits".
L'Église a récupéré tous les mouvements canadiens-français nés en dehors de son sein,
Mentalité du clergé de l'époque: Les classes ont besoin l'une de l'autre et ne doivent pas se faire la lutte.... le pauvre doit accepter sa condition et accueillir humblement la charité du riche.
[incluant le mouvement féministe] tant la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste en 1907 que l'Union
catholique des cultivateurs en 1928, tant le syndicalisme autochtone que le projet culturel de l'intelligentsia nationaliste.
[un mouvement se contrôle mieux de l'intérieur]
En 1937, Duplessis fait voter les lois d'assistance aux aveugles et aux mères nécessiteuses, dont sont exclues les filles-mères, les séparées et les divorcées; cette clause de moralité publique ne peut manquer de plaire à l'épiscopat et endormir ses inquiétudes quant à l'intervention étatique dans le domaine du bien-être. Le 1 août 1936, le Québec adhère au plan de pensions de vieillesse du gouvernement canadien. Durant toute la décennie l'Église demeure sur le qui-vive. Ainsi le 10 octobre 1935, La semaine religieuse de Québec publie un plaidoyer contre la
socialisation des services de santé et de bien-être. Une telle mesure "fera perdre aux particuliers l'habitude de s'occuper de leurs propres affaires" et mettra les organismes confessionnels à la merci d'administrations neutres.