Auteur: Jean Hamelin
Publié en 1984
Adelard Godbout, qui a été au pouvoir de 1939-1944, prenait une distance respectueuse avec l'Église. Quand Godbout voulait donner le droit de vote aux femmes, les évêques s'y opposaient. Pour obtenir l'accord des religieux, Godbout a menacé de démissionner et de passer les rênes du gouvernement à T.-D. Bouchard. Afin d'éviter un plus grand mal, le cardinal s'incline et demande à la presse catholique de mettre une sourdine à son opposition au suffrage féminin.
L'épiscopat voit l'instruction obligatoire comme une machine de guerre contre le clergé. Finalement en 1943, la majorité des évêques sont en faveur de l'instruction obligatoire et la loi est passée.
Dans les années 40, les religieux qui contrôlaient les services sociaux, avaient comme objectif d'empêcher l'étatisation du service social et de la charité.
Le pape ne veut pas que les syndicats encouragent la lutte des classes.
À la fin des années 1950, le presbytère compte parmi les maisons
les plus confortables de la paroisse. Les jeunes prêtres sont enclins à rechercher le confort et leurs aises. Cette propension transparaît dans la décoration intérieure, l'ameublement, les appareils de télévision et de reproduction du son. L'usage des boissons alcooliques ne constitue pas encore un problème majeur,
mais des cas répétés d'alcoolisme amènent les évêques à ouvrir une autre maison de désintoxication.
Mgr Courchesne, entre autres, tient à ce que les institutrices (laïques) ne gagnent pas des salaires trop élevés, de crainte que trop de femmes, libérées financièrement de la tutelle de la famille et de l'époux, refusent de se marier et de procréer, échappant de la sorte à l'emprise de la famille.
La loi des hôpitaux (1962) met fin à l'emprise de l'Église sur
les services d'assistance et de santé et à celle des communautés
hospitalières sur leurs institutions.
En 1969, un projet de loi (projet 62) a été déposé. Ce
projet était une réponse à la crise linguistique dans la province. Il
entendait faciliter, sinon imposer, l'accès de l'école française
aux anglophones et aux néo-Québécois. L'épiscopat s'y
opposait.
En 1944, T.-D. Bouchard dit que l'activité de l'Ordre Jacques-Cartier, cette société secrète des Canadiens français, fondée
vers 1927 avec "les bénédictions du clergé français et
catholique" cherche à "contrôler secrètement les sociétés
patriotiques, les gouvernements et l'administration publique".
[fallait empêcher les "hérétiques" (les protestants) d'entrer en contact avec les pure-laine et de les contaminer] En 1970, le projet a été amendé: il est conçu pour protéger la langue et non la foi. L'épiscopat juge ce projet anticonstitutionnel. Le veto des évêques, entre autres, force le premier ministre Robert Bourassa à retirer son projet, en décembre 1971.
Deux des griefs les plus courants contre les religieux, relevés par Claude Ryan: [p. 316]