Dans le deuxième décret de l'avant-projet de loi sur la souveraineté du Québec, le gouvernement nous propose une association économique avec le Canada. Mais comment peut-on diriger un pays "souverain" sans être maître de ses richesses? Même en ayant notre propre monnaie, nous aurons encore les mains liées par les agences de cotes de crédits, les banques, le F.M.I., ... Comment pouvons-nous alors parler de véritable souveraineté et de réelle indépendance? Comment pensons-nous réaliser une société axée sur l'intérêt général tout en conservant des règles de jeu capitalistes, définies par l'intérêt individuel ...
La présente crise économique, sociale et politique est mondiale; toute la terre en arrache! Environ 3 % de la population détient la plupart des richesses de la planète et dirige toutes les nations en fonction de ses propres intérêts; les autres 97 % - vous et moi compris - leur donnent leur bénédiction tout en espérant "qu'un jour ça soit leur tour!"... Dans cet ère capitaliste, jusqu'à présent, l'Homme a toujours été dépendant, esclave du dieu Argent "souverain"; selon moi, ça devrait plutôt être le contraire... Avez-vous une solution à tout cela?

CRITIQUE: L'ÂME HUMAINE(10)
Vous connaissez la pyramide des besoins d'Abraham Maslow? En voici une version simplifiée: il y a les besoins physiologiques de base (l'eau, l'air, la terre, la chaleur) les besoins de stimulation (sexualité, activité, exploration, compréhension), les besoins de sécurité et de protection, suivis de ceux d'amour, d'appartenance et d'intimité (aimer et être aimé), les besoins d'estime de soi (indépendance, liberté, création) et finalement ceux de l'actualisation de soi (réalisation optimale du potentiel personnel dans tous les secteurs de la vie).
Cette pyramide organise les processus intérieurs qui motivent tous nos désirs, pensées et actions quotidiennes. Fondamentalement, ces facteurs font de nous des êtres essentiellement de plaisir. Ai-je l'esprit tordu ou n'y a-t-il là aucun besoin fondamental, pour l'être humain, de travailler? Pourtant, c'est ce qu'on entend tous les jours: toute nation, tout pays, tout gouvernement, tout syndicat, toute entreprise veut que tout le monde puisse travailler ... et tout le monde veut travailler! En cherchant des synonymes au mot travail, je retrouve néanmoins les termes "labeur", "difficulté", "corvée", "productivité", "routine", "répétition", "fatigue", "peine", "douleur" ... Est-ce vraiment le travail que les gens souhaitent?
Et si l'on revient à la pyramide de Maslow, peut-on dire que la société actuelle favorise, encourage et participe à la réalisation de nos véritables besoins? Voyons les principes de bases qui régissent les sociétés basées sur le travail organisé: la production, la consommation et le "plus dans tes poches" (11) . Nous passons notre temps à produire (pour avoir de l'argent) et à consommer (dépenser cet argent). Le travail nous fournit tout: notre identité, notre statut social et nos fréquentations. Il détermine nos heures de repas, de repos et de loisirs; il a une influence sur notre comportement, notre personnalité, notre sexualité; il s'insère dans nos rêves, il devient notre philosophie, il détermine notre estime de soi, il s'impose comme notre raison de vivre...
La société du travail n'a qu'à obtenir le "consentement volontaire" des gens de sacrifier une grande partie de leur vie à vendre leur production d'une façon régulière et prévisible et, en échange, ils pourront jouir de leur droit d'exister... Par contre, il faut savoir que ce consentement volontaire n'est pas prémédité par la population en général, mais plutôt par la société du travail, à l'aide des valeurs prônées par celle-ci.
Notre corps ne nous appartient plus: il devient un instrument de travail que nous devons perfectionner, contrôler et discipliner; il finit par oublier de vivre et s'occupe à travailler. Nous l'affamons ou le gavons en étant dépendants des heures de notre travail; n'ayant plus le droit d'être malade et fatigué, nous le conditionnons, l'endormons et le tirons brutalement de son sommeil à l'aide d'un cadran tyrannique...
Notre esprit ne nous appartient plus: on nie notre différence en nous obligeant à nous conformer; on inhibe et on brime notre recherche de la satisfaction de nos besoins réels en nous conditionnant à de faux besoins, aux modèles, aux rôles et aux valeurs (présentés par la télévision, les journaux, le cinéma, la désinformation) qui nous emprisonnent dans l'engrenage production-consommation et favorisent l'étouffement de notre moi; on nous dicte notre façon de penser, notre façon d'être, nos désirs...
Notre âme non plus ne nous appartient plus: au travail, les émotions ne sont "pas à leur place", nous voilà contraints de pratiquer l'économie de l'amour. Le moment présent n'existe plus, il nous faut vivre en fonction de demain (12). Nos rêves, nos espoirs, nos sentiments et notre liberté sont délimités par la pression de la société; l'individu s'en remet alors naîvement à la société, de qui il attend le bonheur, la sécurité et la vitalité. Il cherche davantage à réussir dans la vie plutôt que de chercher à réussir sa vie. Le "paraÎtre", l' "image", l' "avoir l'air", la possession, la compétition, l'égoïsme, la frustration, la dépression, l'indifférence sont quelques unes des résultantes.
La société du travail a élevé au rang de privilège la dimension du travail. Le travail est devenu une récompense permettant l'accès au bonheur matériel, artificiel et, somme toute, irréel. L'absence de travail, qui devrait pourtant être une source de plaisir, devient vite une souffrance, un mal, un isolement et un obstacle à la réalisation personnelle et sociale. Cette course à la réussite, les modèles, les valeurs, les statuts et les classes qu'elle crée, décentre les individus et leur font oublier que le sentiment de satisfaction personnelle procède d'abord d'un processus intérieur.
Pourtant, il n'y a pas si longtemps, on nous promettait encore la société du loisir qui remplacerait la malédiction de la société du travail: on travaillerait moins et on profiterait plus de la vie. Promesses d'élections! Aujourd'hui, tu travailles comme un acharné, et s'il te reste un peu de temps et d'argent, on te fera croire que tu es en vacances, que tu as accès à des activités et à des loisirs qui te feront supposément exercer ta créativité.
Depuis l'école on nous apprend à performer, à compétitionner - ce qui élimine les liens - pour plus tard peut-être, entrer dans la "jungle" du marché du travail et continuer le cercle vicieux production-consommation. Mais où nous apprend-on à nous connaître, à créer des relations avec les autres, à aimer, à nous actualiser? Comment pouvons-nous arriver à combler nos besoins fondamentaux de relations, de communications et de socialisations? Nos besoins d'activité, d'exploration et de connaissance? Nos besoins de respect et d'estime de soi et des autres? Nos besoins de liberté, de création, d'amour et d'actualisation? Dans la compétivité, la production et dans la recherche de l'excellence? Dans notre individualisme, notre consommation et notre recherche d'accumulation de biens ... plutôt superficiels?
Albert Jacquard (13) définit le "Je suis" comme étant les liens que nous tissons avec les autres. On doit donner la chance à chacun de se construire et de construire des liens; la société et l'école sont là pour ça, et non pas pour fournir des travailleurs dont la société a besoin. L'école n'est pas au service de la société, mais au service de l'enfant pour l'amener au monde adulte et lui apprendre à inventer sa vie quotidienne. "Le but de l'organisation sociale n'est pas de donner du travail à tous, mais de faire à chacun une place telle qu'il puisse s'autoconstruire en participant à l'autoconstruction des autres. Cette réalisation des hommes par eux-même est sans limites; personne n'est donc de trop" (14).
Richard Desjardins (chanteur et poète) nous dit que ce n'est pas un job qu'il veut, mais bien de l'argent... Mais ne dit-il pas ainsi que ce que nous voulons tous, au fond, c'est avoir la chance de nous autoconstruire, de participer à l'autoconstruction des autres, de pouvoir combler nos besoins, d'évoluer, d'être heureux, d'élever notre âme?

CRITIQUE: L'ENVIRONNEMENT DE L'HUMAIN
Au-delà de l'économie, de la politique et du social, mais toujours en lien avec ces domaines, l'environnement de l'être humain doit être le premier argument de toute pensée, de tout projet, de toute action. L'air, l'eau et la terre font partie d'un tout, la Planète, qui elle-même devient une simple cellule dans l'Univers. On doit donc la percevoir comme une entité vivante. Une entité qui est malade...

NOTRE AVENIR À TOUS (15)