INTRODUCTION

PRÉMISSES

Les Commissions régionales sur l'avenir politique du Québec ont à peine commencé et déjà nous avons pu entendre les innombrables récriminations, insatisfactions et complaintes des gens à propos de l'avant-projet de loi sur la souveraineté du Québec. En donnant la parole au peuple - un exercice très démocratique, s'il n'est pas biaisé par vos intentions -, vous avez eu l'occasion d'entendre parler de problèmes de tout ordre: de multiples et diverses plaintes et frustrations face au système actuel dans sa totalité et sous toutes ses facettes (aspects humain, politique, économique, culturel, éducationnel, social, environnemental, émotionnel, spirituel et j'en passe!). Vous avez entendu parler d'idéaux, de rêves, d'attentes et d'espérances, mais vous avez aussi entendu parler de désabusement, d'inquiétudes, d'angoisses, voire du désespoir des gens. "La détresse psychologique atteint 26.3% des gens, comparé à 19.5% en 1985" (1) et le mal de l'âme progresse, se répand de plus en plus, dans toutes les couches de la société. Peut-être avez-vous pris conscience du besoin de communiquer et d'être écouté du peuple québécois - rappelez-vous ce monsieur qui est décédé d'une crise de coeur lors d'une commission régionale sur l'avenir du Québec, tellement ému d'être enfin entendu par ceux qui le "dirigent". Puisse votre écoute avoir été active, bienveillante et inconditionnelle!

PRÉSENTATION PERSONNELLE

Étant à la fois chômeur et bénéficiare de l'aide sociale (le montant que je reçois de l'assurance-chômage est inférieur à 500 $ par mois), j'aimerais pouvoir parler au nom de tous les sans-emploi et de tous les bénéficiaires qui, comme moi, en arrachent pour survivre dans ce système, tout en s'y cherchant une place.

Étant étudiant au baccalauréat en psychologie à l'Université de Sherbrooke, j'aimerais pouvoir parler au nom de tous les étudiants qui, comme moi, sont endettés par-dessus la tête, et, qui ne voient ni ne croient en une "merveilleuse" carrière et réussite professionnelle avec une "généreuse" retraite; voire au nom de ceux qui y croient encore, bêtement.

Étant président d'une coopérative d'habitation, étant bénévole à la radio et à la télévision communautaire, étant un fervent défenseur de l'Environnement, des droits de l'Homme et de la Paix sur la Terre, j'aimerais pouvoir parler au nom de tous ces groupes de gens, de tous ces organismes qui oeuvrent auprès de la communauté pour son mieux être et qui s'efforcent, tous ensemble, à changer les choses malgré le manque réel de support des gouvernements et du système actuel.

Ayant passé cinq ans sur le marché du travail avant mon retour aux études, j'aimerais pouvoir parler au nom de tout le prolétariat, de tous les travailleurs (journaliers, professionnels, fonctionnaires...) qui ont la "chance" d'avoir un travail, mais qui demeurent à la merci des entreprises et des détenteurs des moyens de production et d'échange; du gouvernement, des syndicats, des monopoles; des taxes, des impôts et des taux d'intérêts... ; au nom de ces travailleurs qui sont conditionnés par le système, enfermés dans leur petite boîte pour ne pas trop s'agiter et qui restent insatisfaits de leur 9 à 5, de leur paye, de leur sort.

Étant un ex-détenu (vol à main armée) qui vient de recevoir le "pardon de la Reine"(2); qui a eu la chance (3) pendant un bref temps (18 mois) de se détacher de cette société aliénante et de vivre la curieuse expérience d'être considéré comme un "déchet" de la société (nos poubelles reflètent bien nos us et coutumes), j'aimerais pouvoir parler au nom de toutes ces femmes et de tous ces hommes "coupables" de tous ces "crimes" et qui en souffrent; au nom de toutes ces personnes qui, n'ayant pas accès aux véritables ressources offertes par la société, vont dès leur sortie, pour la plupart, recommencer ce qu'elles ont toujours plus ou moins bien su faire... et continuer à souffrir...

Ayant été un "jeune délinquant" rebelle et révolté, décroché du système scolaire, parental et légal, un ados en manque d'unité familiale (parents divorcés), sans guide ou modèle communautaire et social significatif, qui s'est créé un "modèle virtuel" dans la drogue, le risque et les gangs. J'aimerais de tout mon être pouvoir parler au nom de tous ces jeunes qui - comme me le disait un psychiatre! - ne sont plus révoltés mais perdus et désabusés, qui sont handicapés par le système mondial actuel, le capitalisme, la politique et l'environnement que mes parents et moi leur laissons. Au nom de ces jeunes qui sont à la recherche d'une identité, d'un rôle, de mentors, mais qui ne trouvent plus... Au nom aussi de ceux qui sont pauvres et sans ressources primaires, qui se font abuser et violenter, qui se prostituent, qui s'entre-tuent, qui se suicident... Eux qui, comme nous tous, ne cherchent qu'à découvrir l'amour de soi et celui des autres.

Ayant déjà été un enfant, j'aimerais pouvoir parler au nom de tous les enfants de la planète qui représentent notre futur, notre avenir, notre lendemain, notre prochain...(4) Et étant de descendance amérindienne - par mon arrière-grand-mère - métissée avec le sang québécois (?), j'aimerais pouvoir parler au nom de toutes les tribus ou nations amérindiennes, voire de toutes les ethnies "distinctes" qui forment le peuple Québécois.

En tant que citoyen Québécois et Canadien et Nord-Américain, chanceux et heureux de l'être, mais aussi en tant qu'habitant de la planète Terre, conscient de notre interrelation, de notre interdépendance et de notre besoin d'interconnexion, et considérant tout être humain comme souverain, j'aimerais pouvoir parler au nom de toutes les nations de la Terre, de tous les peuples, de toutes les races, les cultures, les religions, de toutes ces femmes, ces hommes, ces enfants, ces vieillards qui cohabitent dans le même environnement: la Terre.

Par ce mémoire, voulant vous présenter la Terre comme une cellule dans cet univers, j'aimerais, en tant qu'être vivant qui a besoin d'air, d'eau et de terre saine, pouvoir parler au nom de toute créature vivante, de tous les animaux, de toutes les plantes, de toute eau, de toute terre.


CRITIQUE

CRITIQUE: L'ÊTRE HUMAIN

Comme plusieurs, j'ai été choqué par les propos de certains anglophones, tenus sur le réseau Internet, à savoir comment Lucien Bouchard se sentait avec un membre "séparé" du reste de son corps. Choqué, mais bouleversé aussi de voir à quel point ces personnes étaient à la fois frustrées et anxieuses de l'avenir du pays. Je ne crois pas que beaucoup de Canadiens, Québécois inclus, soient pleinement satisfaits du système fédéral actuel, c'est-à-dire d'une administration trop lourde, des chevauchements multiples, du manque d'unicité et de direction... On murmure même que certaines provinces attendent que le Québec bouge pour, à leur tour, se séparer du Canada... Mais, comparativement à d'autres pays où des dictateurs, des oppresseurs et des tyrans dominent, soumettent et contrôlent leurs populations, sans être entièrement satisfait du statut quo, je trouve qu'on se plaint le ventre plein!

A 29 ans, je commence à peine à m'intéresser à la politique. "Juste pour rire", je me paye de temps à autre quelques sessions parlementaires à la télévision: je regarde les députés faire leur spectacle et je n'en reviens pas! Je ris, mais je ris jaune... "On les paye pour ça?!? Pour s'engueuler, se lancer des craques et s'obstiner sans vraiment faire quoique ce soit de constructif ou de positif?!?". Aux deux dernières élections, fédérale et provinciale, j'ai voté, pour la première fois de ma vie, pour moi-même et non pour faire plaisir à ma mère et son parti, comme les quelques rares fois où j'ai pu voter auparavant. J'ai voté pour le Bloc Québécois puis pour le Parti Québécois car j'espérais y déceler une nouvelle voie à suivre, un nouveau chemin à bâtir, une direction vraie, unique et innovatrice... J'espère encore énormément, tout en constatant mon utopie.

Tout ce que je retiens des principes fondamentaux du Parti Québécois, c'est que la séparation se justifie par des arguments politiques de langue, de culture et de constitution. Ah bon! Pourtant, en examinant ce qui se passe depuis quelques années, ailleurs sur la planète, je constate qu'on ne parle que de réunification, de coopération internationale, de mondialisation... Et nous, on veut se séparer d'un pays relativement choyé en comparaison avec le reste du monde: ni guerre, ni conflit menaçant, ni famine, ni désastre ou catastrophe écologique grave. De plus, le Québec représentant environ le quart de la population canadienne, il ne faut pas perdre de vue que la séparation risque d'entraîner une baisse des revenus et de la qualité de vie des autres provinces, un affaiblissement au niveau politique, social, culturel, économique, voire la faillite du Canada... On leur en veut tant que ça?

Le gouvernement québécois nous dit qu'il est là et qu'il écoute, qu'il ne détient peut-être pas "la vérité" et qu'il est prêt à réviser la question de l'avant-projet de loi sur la souveraineté du Québec. Ce n'est pas pour rien: les sondages lui montrent que l'avant projet de loi ne passera pas. Évidemment! Tous les jours, les gens sont confrontés à de multiples problèmes d'une nature bien différente de ceux qui découlent des questions linguistiques et culturelles. Leur quotidien est rempli de préoccupations, de difficultés, d'insécurité, de pauvreté, de violence, de misère, de désespoir... Et vous voulez leur faire croire en un pays qui viendrait résoudre tous leurs problèmes? Bonne chance! Surtout qu'à mon avis, ces mêmes gens ne croient plus en grand chose...

L'époque du Peace'n Love, de René Lévesque, même de la religion est révolue. Les gens n'ont plus foi en Dieu, en leurs gouvernements, en l'avenir, en eux-mêmes. De l'ère de l'économie industrielle dite "démocratique", mais d'abord et avant tout capitaliste, nous sommes passés à l'ère individualiste dite "humaniste et écologiste", mais d'abord et avant tout "je m'en foutiste", désabusée et capitaliste. C'est l'ère des réformes, des compressions, des coupures, des taux d'intérêts, des déficits accablants...

A propos de budgets équilibrés, les gouvernements ne savent plus que cela existe depuis 1969-70. En 1998, la dette nationale sera de 603 milliards de dollars. Actuellement, elle nous coûte $ 39 milliards par an ou $ 108 millions par jour ou $ 450 000 à l'heure ou $ 75 000 à la minute soit $ 22 222 par personne!! De plus, en décembre 1994, la dette québécoise était de 5 milliards 700 millions de dollars soit, $ 40 000 par foyers... Tout cela avec ou sans les prêts et bourses??!

Autre signal d'alarme: en 1992, le Québec décrochait un des plus haut taux de suicides au monde chez les 14-19 ans (20 000 tentatives, 200 réussites)... Le décrochage gouvernemental, social et scolaire (40% au Québec), les problèmes de violence (5), de délinquance, d'intolérance, d'abus de toutes sortes, les problèmes familiaux et psychologiques, les burn-out, les dépressions, les dépendances, le déséquilibre de la morale, des valeurs, de l'estime de soi, la multiplication des sectes (on se cherche une voie), ... sont tous des symptômes prouvant que notre société est malade et souffrante.

Actuellement, les seules valeurs fondamentales prônées par notre société capitaliste sont la compétition, la consommation et l'argent, c'est-à-dire les bases d'un système impérialiste, monarchique et moyenâgeux qui favorise l'écart grandissant entre les riches et les pauvres, l'exploitation des travailleurs, l'aliénation par le monde du travail, la création de besoins artificiels, la mise en valeur de modèles et d'idéaux insatisfaisants, déséquilibrants et irréalistes. Au tournant du XIXe siècle, cela a conduit l'Europe à la Première Guerre mondiale. Peut-on croire, alors, que nos "dirigeants" - qui nous mènent vers la faillite, les multiples coupures dans les programmes sociaux, les innombrables contradictions, incohérences, les actions inutiles et les délais coûteux du système - sont des modèles pour nos jeunes, nos adolescents? Que dire du système judiciaire (6) en général, de certains juges et avocats en particulier? Du 22ième régiment de l'armée canadienne, de la police de Chambly, des étudiants en technique policière de Rimouski? Que dire des adultes qui abusent des jeunes de toutes les façons? De ceux qui leur apprennent à mentir en leur faisant vendre les fameuses barres de chocolat? Que dire du suicide de Kurt Cobain, idole d'une jeunesse? Que penser des "héros" incarnés par Arnold Schwarzenegger ou Sylvester Stallone? A moins que l'on préfère l'univers des sports, soit les joueurs de hockey, de base-ball ou de football (O. J. Simpson)...! La Petite vie quant à y être!

Ce sont donc là les modèles et les mentors de notre société, ceux qui transmettent les valeurs humaines fondamentales, ceux qui apprennent la morale à nos jeunes? Mais qui est en mesure de les guider réellement dans la construction de leur identité, de leur personnalité, de leur devenir? Peut-être leurs familles, dont 28 % sont monoparentales (268 880 familles en 1991)? Voire, les familles unies, mais où les deux parents travaillent pour tenter d'arriver...? Reste alors nos aînés, remplis d'expérience, d'histoire et de sagesse; malheureusement, on les enferme dans des centres d'accueil car n'étant plus "productifs", ils deviennent nuisibles. Et vous, que prônez-vous? Les modèles, les valeurs, la morale sont les fondements d'une société (7). Quels sont ceux du Parti Québécois? Vers quoi ce parti politique veut-il nous "mener"? Une nation, un pays, une "souveraineté", d'accord mais dans quel but? Dans quel esprit? Suivant quelle idéologie?

Comme transformation sociale, on entend parler à tous les jours de réforme; réforme des programmes sociaux (hôpitaux, éducation, chômage, aide sociale); réforme du système fiscal, judiciaire, hospitalier, éducationnel; de l'agriculture, des pêcheries, de l'armée... Un ministre nous parle de réforme des universités; un autre nous parle de réforme du système carcéral et juridique... Je suis totalement en accord avec l'idée qu'il faut réformer le système actuel et le remettre en question mais, encore une fois, dans quel but? Suivant quelle ligne directrice collective? Quelle orientation générale? Quelle voie commune? N'y aurait-il pas une coordination et une synthèse à faire entre le primaire, le secondaire, le cégep, les universités ET le monde du travail ET les programmes sociaux ET le système fiscal pour en arriver à UN système équilibré, cohérent, logique et humain? Pouvons-nous vraiment affirmer que nous formons, actuellement, une "association organisée d'individus" qui travaille "en vue de l'intérêt général"? Honnêtement, je ne crois pas: je considère plutôt que les gouvernements, plus ou moins consciemment, manipulent le petit peuple au profit des riches et de leurs intérêts (8) capitalistes (9). Et même s'ils voulaient vraiment changer les choses, ils ne le pourraient pas: ils ont les mains liées par les agences de cotes de crédits, les multi-nationales, la Banque Mondiale, le Fond Monétaire International, etc.

Dans le deuxième décret de l'avant-projet de loi sur la souveraineté du Québec, le gouvernement nous propose une association économique avec le Canada. Mais comment peut-on diriger un pays "souverain" sans être maître de ses richesses? Même en ayant notre propre monnaie, nous aurons encore les mains liées par les agences de cotes de crédits, les banques, le F.M.I., ... Comment pouvons-nous alors parler de véritable souveraineté et de réelle indépendance? Comment pensons-nous réaliser une société axée sur l'intérêt général tout en conservant des règles de jeu capitalistes, définies par l'intérêt individuel ...

La présente crise économique, sociale et politique est mondiale; toute la terre en arrache! Environ 3 % de la population détient la plupart des richesses de la planète et dirige toutes les nations en fonction de ses propres intérêts; les autres 97 % - vous et moi compris - leur donnent leur bénédiction tout en espérant "qu'un jour ça soit leur tour!"... Dans cet ère capitaliste, jusqu'à présent, l'Homme a toujours été dépendant, esclave du dieu Argent "souverain"; selon moi, ça devrait plutôt être le contraire... Avez-vous une solution à tout cela?


CRITIQUE: L'ÂME HUMAINE(10)

Vous connaissez la pyramide des besoins d'Abraham Maslow? En voici une version simplifiée: il y a les besoins physiologiques de base (l'eau, l'air, la terre, la chaleur) les besoins de stimulation (sexualité, activité, exploration, compréhension), les besoins de sécurité et de protection, suivis de ceux d'amour, d'appartenance et d'intimité (aimer et être aimé), les besoins d'estime de soi (indépendance, liberté, création) et finalement ceux de l'actualisation de soi (réalisation optimale du potentiel personnel dans tous les secteurs de la vie).

Cette pyramide organise les processus intérieurs qui motivent tous nos désirs, pensées et actions quotidiennes. Fondamentalement, ces facteurs font de nous des êtres essentiellement de plaisir. Ai-je l'esprit tordu ou n'y a-t-il là aucun besoin fondamental, pour l'être humain, de travailler? Pourtant, c'est ce qu'on entend tous les jours: toute nation, tout pays, tout gouvernement, tout syndicat, toute entreprise veut que tout le monde puisse travailler ... et tout le monde veut travailler! En cherchant des synonymes au mot travail, je retrouve néanmoins les termes "labeur", "difficulté", "corvée", "productivité", "routine", "répétition", "fatigue", "peine", "douleur" ... Est-ce vraiment le travail que les gens souhaitent?

Et si l'on revient à la pyramide de Maslow, peut-on dire que la société actuelle favorise, encourage et participe à la réalisation de nos véritables besoins? Voyons les principes de bases qui régissent les sociétés basées sur le travail organisé: la production, la consommation et le "plus dans tes poches" (11) . Nous passons notre temps à produire (pour avoir de l'argent) et à consommer (dépenser cet argent). Le travail nous fournit tout: notre identité, notre statut social et nos fréquentations. Il détermine nos heures de repas, de repos et de loisirs; il a une influence sur notre comportement, notre personnalité, notre sexualité; il s'insère dans nos rêves, il devient notre philosophie, il détermine notre estime de soi, il s'impose comme notre raison de vivre...

La société du travail n'a qu'à obtenir le "consentement volontaire" des gens de sacrifier une grande partie de leur vie à vendre leur production d'une façon régulière et prévisible et, en échange, ils pourront jouir de leur droit d'exister... Par contre, il faut savoir que ce consentement volontaire n'est pas prémédité par la population en général, mais plutôt par la société du travail, à l'aide des valeurs prônées par celle-ci.

Notre corps ne nous appartient plus: il devient un instrument de travail que nous devons perfectionner, contrôler et discipliner; il finit par oublier de vivre et s'occupe à travailler. Nous l'affamons ou le gavons en étant dépendants des heures de notre travail; n'ayant plus le droit d'être malade et fatigué, nous le conditionnons, l'endormons et le tirons brutalement de son sommeil à l'aide d'un cadran tyrannique...

Notre esprit ne nous appartient plus: on nie notre différence en nous obligeant à nous conformer; on inhibe et on brime notre recherche de la satisfaction de nos besoins réels en nous conditionnant à de faux besoins, aux modèles, aux rôles et aux valeurs (présentés par la télévision, les journaux, le cinéma, la désinformation) qui nous emprisonnent dans l'engrenage production-consommation et favorisent l'étouffement de notre moi; on nous dicte notre façon de penser, notre façon d'être, nos désirs...

Notre âme non plus ne nous appartient plus: au travail, les émotions ne sont "pas à leur place", nous voilà contraints de pratiquer l'économie de l'amour. Le moment présent n'existe plus, il nous faut vivre en fonction de demain (12). Nos rêves, nos espoirs, nos sentiments et notre liberté sont délimités par la pression de la société; l'individu s'en remet alors naîvement à la société, de qui il attend le bonheur, la sécurité et la vitalité. Il cherche davantage à réussir dans la vie plutôt que de chercher à réussir sa vie. Le "paraÎtre", l' "image", l' "avoir l'air", la possession, la compétition, l'égoïsme, la frustration, la dépression, l'indifférence sont quelques unes des résultantes.

La société du travail a élevé au rang de privilège la dimension du travail. Le travail est devenu une récompense permettant l'accès au bonheur matériel, artificiel et, somme toute, irréel. L'absence de travail, qui devrait pourtant être une source de plaisir, devient vite une souffrance, un mal, un isolement et un obstacle à la réalisation personnelle et sociale. Cette course à la réussite, les modèles, les valeurs, les statuts et les classes qu'elle crée, décentre les individus et leur font oublier que le sentiment de satisfaction personnelle procède d'abord d'un processus intérieur.

Pourtant, il n'y a pas si longtemps, on nous promettait encore la société du loisir qui remplacerait la malédiction de la société du travail: on travaillerait moins et on profiterait plus de la vie. Promesses d'élections! Aujourd'hui, tu travailles comme un acharné, et s'il te reste un peu de temps et d'argent, on te fera croire que tu es en vacances, que tu as accès à des activités et à des loisirs qui te feront supposément exercer ta créativité.

Depuis l'école on nous apprend à performer, à compétitionner - ce qui élimine les liens - pour plus tard peut-être, entrer dans la "jungle" du marché du travail et continuer le cercle vicieux production-consommation. Mais où nous apprend-on à nous connaître, à créer des relations avec les autres, à aimer, à nous actualiser? Comment pouvons-nous arriver à combler nos besoins fondamentaux de relations, de communications et de socialisations? Nos besoins d'activité, d'exploration et de connaissance? Nos besoins de respect et d'estime de soi et des autres? Nos besoins de liberté, de création, d'amour et d'actualisation? Dans la compétivité, la production et dans la recherche de l'excellence? Dans notre individualisme, notre consommation et notre recherche d'accumulation de biens ... plutôt superficiels?

Albert Jacquard (13) définit le "Je suis" comme étant les liens que nous tissons avec les autres. On doit donner la chance à chacun de se construire et de construire des liens; la société et l'école sont là pour ça, et non pas pour fournir des travailleurs dont la société a besoin. L'école n'est pas au service de la société, mais au service de l'enfant pour l'amener au monde adulte et lui apprendre à inventer sa vie quotidienne. "Le but de l'organisation sociale n'est pas de donner du travail à tous, mais de faire à chacun une place telle qu'il puisse s'autoconstruire en participant à l'autoconstruction des autres. Cette réalisation des hommes par eux-même est sans limites; personne n'est donc de trop" (14).

Richard Desjardins (chanteur et poète) nous dit que ce n'est pas un job qu'il veut, mais bien de l'argent... Mais ne dit-il pas ainsi que ce que nous voulons tous, au fond, c'est avoir la chance de nous autoconstruire, de participer à l'autoconstruction des autres, de pouvoir combler nos besoins, d'évoluer, d'être heureux, d'élever notre âme?


CRITIQUE: L'ENVIRONNEMENT DE L'HUMAIN

Au-delà de l'économie, de la politique et du social, mais toujours en lien avec ces domaines, l'environnement de l'être humain doit être le premier argument de toute pensée, de tout projet, de toute action. L'air, l'eau et la terre font partie d'un tout, la Planète, qui elle-même devient une simple cellule dans l'Univers. On doit donc la percevoir comme une entité vivante. Une entité qui est malade... Elle a un cancer: l'être humain...!


NOTRE AVENIR À TOUS (15)
Le rapport de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement

La plupart des dirigeants d'aujourd'hui seront morts avant que la planète ne souffre de toutes les conséquences des pluies acides, du réchauffement du globe, de l'affaiblissement critique de la couche d'ozone, de l'extension continue des déserts et de la perte de nombreuses espèces animales et végétales.
Par contre, la plupart des jeunes électeurs d'aujourd'hui seront encore vivants.
La Commission mondiale sur l'environnement et le développement, dirigé par Gro Harlem Brundtland, premier ministre de Norvège, fut constituée en organisme indépendant en 1983 par l'Assemblée générale des Nations Unies. Son mandat était de ré-examiner les grands problèmes planétaires de l'environnement et du développement et de formuler des propositions réalistes pour les résoudre, et d'assurer que le progrès de l'humanité sera maintenu par un développement qui ne mette pas en danger mortel les ressources des générations à venir.
NOTRE AVENIR À TOUS affirme que le temps est venu d'unir Économie et Écologie de sorte que les gouvernements et les peuples du monde assument la responsabilité non seulement des dommages causés à l'environnement, mais aussi des politiques qui causent ces dommages. Quelques-unes de ces politiques mettent en péril la survie même de l'humanité. Elles peuvent être changées. Nous devons agir maintenant.
Le document le plus important de la décennie sur l'avenir du monde.



CINQ MILLIARDS D'HOMMES DANS UN VAISSEAU (16)
d'Albert Jacquard, bio-généticien

L'homme, singulier aboutissement des processus à l'oeuvre dans l'univers depuis le Big Bang, et sur notre planète, la Terre, depuis l'apparition des premières molécules d'ADN, est une merveille: il est le seul être doté du pouvoir de s'attribuer lui-même des pouvoirs. Le seul dont le sort soit entre ses propres mains.
Ce privilège, il l'utilise aujourd'hui stupidement pour poursuivre des objectifs dérisoires de suprématie, de domination; il a accumulé de tels moyens de destruction que tout est prêt pour le suicide de l'humanité.
Il suffirait peut-être d'un peu plus de lucidité pour que notre intelligence et notre énergie soient enfin mises au service de l'homme. Essayons!


Ce qui est frappant dans ces deux extraits - et dans combien d'autres ouvrages - c'est le constat d'urgence face à notre situation. Ce qui est encore plus troublant, c'est de voir l'inconscience et l'inaction des gouvernements... Le premier extrait parle de l'environnement qui se dégrade atrocement et au sujet duquel on se demande s'il survivra à l'humain; le deuxième fait référence à la surpopulation et au suicide nucléaire. Il est terrifiant de penser au stock d'armes nucléaires disponibles en 1987. Albert Jacquart représente cette quantité par quatre pages de petits points (100 000), chaque point représentant 10 fois la puissance de la bombe d'Hiroshima. Lorsque l'on sait que seulement 2000 points seraient suffisants pour détruire l'humanitè tout entière...

Le rapport Bruntland quant à lui, reflète très bien le sentiment d'urgence qui s'étend à travers le monde devant l'état de la situation atmosphérique. Aux menaces déjà reconnues de pollutions multiples, comme les pluies acides, les substances toxiques, les débris orbitaux ou le nucléaire en orbite, s'ajoutent deux phénomènes qui mettent en péril, dans un délai limité, l'existence même de l'humanité: la diminution de la couche d'ozone et l'effet de serre. Les procédés industriels et l'utilisation de composés chimiques, le déboisement, la combustion de combustibles fossiles par le secteur industriel et celui du transport, les engins spatiaux nucléaires et les débris des satellites et des fusées sont tous des procédés que l'on doit absolument remettre en question.

Mais tout cela vous semble lointain et ne vous concerne pas directement croyez-vous... Pas tout à fait: le Québec est la région la plus polluée par les pluies acides (17) en Amérique du Nord. Son pouvoir tampon - la capacité de la terre à neutraliser l'acide - et celui du Bouclier canadien sont extrêmement sensibles et vulnérables aux pluies, neiges et brouillard (smog) acides. A cause des vents dominants, venant du sud et de l'ouest, le Québec reçoit environ deux millions de tonnes métriques de souffre (18) par ans, un cadeau provenant des régions fortement industrialisées du "midwest" américain (est de l'Ohio, nord-ouest de la Virginie, ouest de la Pennsylvanie et nord-ouest des États-Unis) où de hautes cheminées protègent l'environnement immédiat!

Voici quelques-uns des principaux problèmes connus, occasionnés par les précipitations acides: dégradation des lacs, rivières et ruisseaux, disparition des poissons (19) et autres organismes aquatiques, intégration des métaux toxiques dans l'eau, acidification de l'eau potable et des sols, diminution de la productivité des forêts et des récoltes, feuillage des plantes atteint, lixiviation (lessivage) des éléments nutritifs du sol (qui peut compromettre à jamais le reboisement de nos forêts), oxydation (rouille) accélérée des structures en acier et dégradation plus rapide de la carrosserie des automobiles, des monuments, des peintures extérieures et des divers revêtements des bâtisses...

Voici maintenant quelques données disparates qui devraient porter à réfléchir:

Actuellement, malgré l'existence de solutions et de méthodes de lutte contre la pollution, la plupart des grandes sociétés qui sont à la source des pluies acides refusent toujours de remédier au problème; en plus d'être dispendieuses, les technologies écologiques ne sont pas rentables à court terme. Les différents niveaux de gouvernement, pour leur part, se montrent extrêmement indulgents envers ces sociétés en disant: "C'est correct, vous allez ouvrir une autre usine l'année prochaine, continuez!", en ne fournissant pas assez de fonds au ministère de l'environnement, en donnant des "permis de pollution" à des entreprises, car elles contribuent à la circulation de l'argent et, surtout, elles paient des impôts. On ne mord pas la main qui nous nourrit...

Le plus alarmant c'est que toute la planète est menacée! La Norvège, entre autres, où le problème des précipitations acides est encore plus aigu qu'ici, écope des déchets des autres: 80 % des précipitations acides proviennent de l'extérieur du pays, surtout d'Angleterre et d'Allemagne. Que faire? Nous sommes tous concernés par l'air que nous respirons, l'eau que nous absorbons, la terre qui nous nourrit, toutes choses universelles! Que nous soyons riches ou pauvres, catholiques ou bouddhistes, en paix ou en guerre, que nous vivions en Amérique ou en Asie, nous avons tous besoin d'air, d'eau et de terre saine pour survivre... Et cet air, cette eau, cette terre sont toutes les mêmes pour chacun, reliées entre elles, dépendantes et inter-fonctionnelles, pour tous les êtres vivants de cette planète, qu'ils soient d'allégeance fédéraliste ou souverainiste!

Faut-il continuer avec les BPC, CFC, l'oxyde nitreux (engrais chimique), le méthane (mines de charbon), les sites d'enfouissement (21), les déversements de pétrole, les accidents et les déchets nucléaires, les compteurs à eau (comme si on en manquait), les cabines à oxygène du mexique, la surpêche; ou avec toutes les saloperies qu'on nous fait avaler (pesticides, agents de conservations, lait antibiotiquisé (22) ); ou continuer sur le stress, la guerre des sexes, le vieillissement de la population, le suicide, la violence, les anorexiques, les abus sur les enfants; ou sur le taux de chômage, sur le blanchiment d'argent, la mafia, ou sur la bureaucratie, sur la publicité, sur les salles d'urgence, la distribution du sang, le manque d'organe, l'abrutissement des gens par la pharmacologie, le taux de divorce, les foyers d'accueil, le sida, les génocides de Saddam Hussein, ... ou est-ce suffisant pour faire naître en nous la conscience de la gravité, de l'urgence de la situation et de la nécessité de tout remettre en question; soit nos politiques, notre consommation, notre production, notre partage des ressources, notre système économique et social, nos valeurs, notre moral, notre spiritualité même...? Sinon, vers quoi allons-nous?

Le but de ce mémoire n'étant pas de faire une dissertation sur la misère humaine, les problèmes sociaux et environnementaux, j'interromps ici ma réflexion qui pourrait encore s'étendre comme une encyclopédie. J'espère simplement et humblement qu'il a pu susciter une prise de conscience: le système fédéral ou la souveraineté telle que présentée au peuple québécois, ne feront jamais ni l'unanimité, ni de consensus, d'accord et de ralliement, ni de rapprochement, de réconciliation et d'alliance, ni d'harmonie, d'union et de paix entre le peuple québécois et ses anglophones, le Canada anglais, les Amérindiens, les immigrants, les Américains, la Terre...

Hier encore, je regardais le coucher du soleil et je me disais qu' "...Ici, c'est le paradis..."! Me séparer du "reste" du Canada juste pour ma langue et ma culture, j'en ai rien à foutre! Par contre, il existe actuellement d'autres causes pour lesquelles je consacrerais volontiers toute ma vie, toutes mes ressources et toute mon âme, entre autres la survie de la planète et de l'humanité...


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